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CHAPITRE Y

La pureté d’intention1.

Pour combattre le bon combat, ce n’est pas tout d’avoir l’esprit militant, il faut encore apporter à cette lutte une grande pureté d’intention.

L’intention est I’àme des œuvres ; c’est elle qui en détermine la nature et qui en fixe le prix.

S’il plaisait au Tout-Puissant de mettre une âme raisonnable dans un corps de brute, le composé ne serait plus un simple animal, mais un être raisonnable. Supposez, au contraire, qu’un corps humain soit animé par une âme purement animale, ce n’est pas un homme qui résultera de cette union monstrueuse, mais une brute. Vous ne pouvez refuser votre estime à l’homme qui, dans un corps difforme, possède une belle âme; à celui qui, au contraire, sous les plus beaux traits cache une âme vile, vous ne devez que votre mépris.

L’intention exerce sur les œuvres une influence toute semblable.

Nous faisons chaque jour une foule d’actions qui, considérées en elles -mêmes, sont purement animales : nous recherchons comme les animaux la satisfaction

1 Messager, t. XLI1I, p. 129.

de dos besoins corporels ; nous prenons notre nourriture; nous fuyons les dangers qui nous menacent; et, pour accomplir ces fonctions, les animaux peuvent avoir des .organes plus parfaits que les nôtres. Ce qui nous élève au-dessus d’eux, dans les actions même qu’ils font comme nous et mieux que nous, c’est que nous pouvons; en les faisant, nous proposer un but que les animaux ne peuvent ni désirer, ni connaître, un but raisonnable, bien plus, un but divin. Ceci mérite explication.

L’animal qui prend sa nourriture ne sait pas pourquoi il la prend. Il poursuit un but, mais un but qu’il ne connaît pas. C’est la nature ou, pour mieux dire, c’est la sagesse du Créateur qui le fait marcher, aveuglément et irrésistiblement, vers ce but connu d’elle seule.

L’homme, au contraire, voit le bul, et il est libre de le poursuivre ou de s’en détourner. Il sait que la nourriture lui est nécessaire, pour la conservation de ses forces corporelles et pour l’acquisition de la perfection propre à sa nature. S’il prend les aliments en vue de cette fin, et s’il sait s’arrêter au moment où ils cesseraient de lui être utiles pour l’atteindre, cette intention, que la raison lui dicte, fait de cette fonction purement animale par elle-même une œuvre raisonnable.

Mais voilà le chrétien qui a entendu saint Paul lui dire : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose que ce soit,

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faites tout pour la gloire de Dieu. » (1 Cor., x, 31.)

Comprenant qu’il n’est pas sur la terre pour acquérir seulement la perfection propre à sa nature, mais pour se rendre semblablè à Dieu et mériter une félicité divine, il est résolu de diriger toutes ses actions vers l’accomplissement de cette glorieuse destinée. Quand donc il restaure par la nourriture ses forces affaiblies, il veut, avant tout, se rendre capable de faire l’œuvre de Dieu ; et par la vertu de cette intention surnaturelle, l’action qui, par elle -même, était purement animale devient, non seulement raisonnable, mais vraiment divine.

Telle est la vertu de l’intention : elle nous met en vétat de faire divinement tout ce que nous faisons, de donner une valeur vraiment infinie aux occupations les plus viles.

L’intention ne pourra pas, sans doute, rendre bonne une œuvre essentiellement mauvaise, puisqu’il est absurde que l’on se propose sincèrement de plaire à Dieu, en faisant ce que l’on sait être contraire à la loi de Dieu. Les calomniateurs de la morale chrétienne ont seuls pu attribuer à nos docteurs cette maxime immorale qué « la fin sanctifie les moyens. » Cette maxime est, au contraire, non seulement professée, mais constamment mise en pratique par la secte antichrétienne, laquelle, pour réaliser ses prétendus progrès, ne recule pas devant les moyens les plus criminels.

Le chrétien, lui, a pour maxime qu’il rie faut jamais faire le mal, pour en retirer du bien : Non sunt facienda mala ut eveniant bona; mais, entre lesœuvres intrinsèquement mauvaises, parce qu’elles sont défendues par la loi divine, et les œuvres surnaturellement

bonnes, il voit une multitude d'actions indifférentes en elles-mêmes, qui attendent leur détermination, dans un sens ou dans l’autre, de l’intention dont elles seront animées. Aux yeux des hommes, ces actions ont des degrés de valeur bien différents. A ne voir que ce £ui paraît au dehors, on ne saurait mettre sur la même ligne les profonds calculs de l’homme d’État qui gouverne un empire et les mouvements presque mécaniques du mercenaire employé au balayage des rues ; mais aux yeux de Dieu, qui, seul, voit l’âme des œuvres, la valeur et le mérite de ces deux genres d’occupations se mesurent uniquement sur l’intention dont elles sont animées. Si le mercenaire, en accomplissant ses humbles fonctions, se propose de plaire à Dieu et d’imiter le divin ouvrier de Nazareth, il fait une œuvre divine et il mérite une divine félicité ; tandis que l’homme d’État qui aurait exclusivement en vue des avantages temporels, ou peut-être la satisfaction d’une ambition coupable, ne mériterait que le mépris ou les châtiments du Souverain Juge, pour les œuvres éclatantes qui lui valent l’admiration et les louanges des hommes.

Et qu’on veuille bien le remarquer : cette vertu vraiment merveilleuse de l’intention ne se fonde pas uniquement sur les enseignements de la foi ; elle résulte, avec une parfaite évidence, des données les plus certaines de la raison. 11 suffit d’un moment de réflexion pour se convaincre que, lorsqu’on prend un moyen pour atteindre une fin, c’est la fin que l’on veut beaucoup plus que le moyen. Combien de fois n’arrivet-il pas qu’on se détermine à embrasser le moyen le plus répugnant, pour atteindre une fin vivement désirée ! Le malade le plus délicat subira l’opération la

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plus douloureuse, pour recouvrer la santé. Ce n’est pas assurément l’opération qui est l’objet principal de ses désirs, puisque par elle-même, elle ne pourrait que soulever ses plus violentes répugnances; ce sont les joiéS de la santé qu’il envisage et qu’il recherche, à travers les douleurs au prix desquelles il espère les acheter; c’est la fin qu’il veut dans le moyen.

Il en est de même dans toutes nos autres déterminations : c’est toujours l’intention de la fin qui motive, détermine et spécifie la recherche du moyen. L’hypocrite qui, en se livrant aux pratiques de la piété, n’a d’autre intention que de surprendre l’estime des spectateurs, fera un acte moralement vicieux en accomplissant les actions les plus saintes. Voyez, au contraire, saint Ignace s’offrant à jouer une partie de billard pour gagner à Dieu l’âme d’un joueur, qui est demeuré insensible à ses exhortations : cette occupation, si frivole en elle-même, n’a-t-elle pas contracté, par l’influence de l’intention, tout le mérite des œuvres apostoliques?

Nous avons donc eu le droit de dire que l’intention détermine la nature morale des œuvres : mauvaise, elle rendra les œuvres mauvaises comme elle ; moralement bonne, elle les rendra bonnes; surnaturelle et divine, elle les surnaturalisera et les divinisera.

Nous avons ajouté que l’intention fixe le degré de mérite des œuvres, et cette seconde vertu n’est ni moins certaine ni moins merveilleuse que la première.

Il ne faut pas croire, en effet, que toutes les actions surnaturelles aient le même degré de mérite. Il y a, «au contraire, entre elles des différences infinies ; et c’est à cela surtout qu’il faut attribuer les différences que nous offre le ciel, dans la gloire de ses bienheureux habitants. Cette gloire se mesure sur le mérite de leurs œuvres ; et, si toutes les œuvres étaient d’un mérite égal, il n’y aurait entre eux d’autre inégalité que celle qui résulterait du nombre de ces œuvres et de la longueur de leur vie. Or nous savons qu’il n’en va pas de la sorte. Sainte Marie-Madeleine de Pazzi vit dans le ciel saint Louis de Gonzague, ce jeune saint qui mourut à la fleur de son âge, briller au milieu des autres bienheureux comme un astre resplendissant au milieu des étoiles de moindre grandeur. « L’étoile, en effet, dit saint Paul, diffère en clarté de l’étoile. » Stella differt a Stella in claritate. (Cor., xv, 41.)

* Cette inégalité a plusieurs causes ; l’une des principales est l’excellence plus ou moins grande de l’intention. Supposez deux chrétiens, accomplissant les mêmes bonnes œuvres avec la même perfection, donnant la même aumône, s’imposant la même mortification ; s’ils animent ces œuvres d'intentions différentes, ils acquerront aussi des degrés de mérites différents ; et cette différence pourra être aussi grande que celle qui distingue l’or pur du métal le plus vulgaire. C’est ce que saint Paul nous fait comprendre par la comparaison des divers matériaux qui peuvent être employés dans la construction d’un édifice. Tous, en effet, nous sommes sur la terre occupés à construire l’édifice de notre éternelle félicité. Ce sont nos œuvres qui doivent former les matériaux de cet édifice; et, entre toutes nos œuvres, celles-là seules pourront servir à cette fin qui

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auront été appuyées sur le fondement posé par la main de Dieu, c’est-à-dire qui auront été surnaturalisées par la grâce de Jésus-Christ. Car, nous dit saint Paul, « il n’est au pouvoir de personne de construire un édifice durable sur un autre fondement que celui qui a été posé par le Tout-Puissant, lequel est le Christ Jésus. »

Mais, ajoute l’Apôtre « on peut sur ce fondement élever plus d’un genre de construction : on peut employer l’or, l’argent, les pierres précieuses, le bois ; on peut aussi y mêler le foin et la paille. » Ces matériaux de valeur si inégale indiquent les vertus dont les actes composent nos mérites. L’or est la charité, l’argent l’espérance, le bois les vertus morales. Le foin et la paille symbolisent les intentions plus ou moins désordonnées qui, sans détruire entièrement le mérite des actes, se mêlent aux intentions surnaturelles et en diminuent la perfection.

Puisque la nature morale de chaque œuvre est déterminée par l’intention dont elle est animée, il s’ensuit que toutes les œuvres faites par le motif de la charité sont des actes de charité, de même que les œuvres accomplies en vue de notre céleste félicité, qui est le motif de l’espérance, sont des actes d’espérance. Et comme la vertu de charité l’emporte en excellence et en mérite sur toutes les autres vertus, autant et plus que le prix de l’or l’emporte sur celui de l’argent et des autres métaux, on comprend que les mêmes œuvres, faites avec la même perfection extérieure, mais animées de ces intentions différentes, aient un mérite très différent.

Quelle est la mesure exacte de ce mérite? Dieu seul la connaît. Elle ne sera révélée aux yeux des hommes

qu’au dernier jour. Alors, nous dit saint Paul, toutes nos œuvres passeront au creuset de la divine justice. L’ardeur de ces flammes consumera le foin, la paille, tout ce que nous aurons mêlé à nos œuvres d’intentions égoïstes; et il n’y aura de récompense que pour celles qui, composées de pur métal, résisteront à l’action de ce feu.

Que suit-il de là? Qu’après le soin d’éviter le péché mortel, qui priverait ses œuvres de tout leur mérite, le chrétien ne doit pas avoir de plus grand souci que de leur assurer, par la pureté de ses intentions, la plénitude de leur mérite. Ce sont là deux intérêts dont l’urgence n’est pas la même, mais dont la valeur est également infinie : éviter l’infini malheur de l’enfer, ne se priver d’aucun degré de l’infini bonheur du ciel. En nous procurant ce second avantage, la pureté de l’intention nous assure la possession du premier ; plus elle imprègne nos cœurs de la vertu vivifiante de la charité, plus elle éloigne les influences corruptrices de l’amour-propre, et plus aussi elle -nous met à l’abri de la mortelle contagion du péché.

Nous devrions donc nous estimer très heureux si nous pouvions acquérir un moyen de donner et de conserver à nos intentions leur parfaite pureté et leur souverain degré d’excellence.

Cet avantage si précieux va nous être offert par la dévotion au Cœur de Jésus.

Bien des siècles avant que cette dévotion eût été révélée au monde sous sa forme spèciale , saint Paul en

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avait formulé l’esprit, lorsqu’il avait écrit aux Philippins : « Ressentez en Vous-mêmes les sentiments de Jésus-Christ. » (Phil. n, 5.) Les sentiments dont parle ici l’apôtre ne sont pas, évidemment, ces émotions indélibérées qui préviennent en nous les libres déterminations de la volonté raisonnable. Le C&ur de Jésus est notre modèle, précisément parce qu’il ne connut jamais ce désordre. Les sentiments qu’il offre à notre imitation, et que nous devons reproduire en nous, si nous lui sommes vraiment dévoués, ce sont ses affections délibérées, ses désirs et ses répugnances, ses amours et ses haines, en un mot, ses intentions.

En effet, pour le DiEu-Homme comme pour nous, les intentions sont le grand ressort de la vie morale. Comme nous, il subordonne la recherche des moyens à la poursuite des fins auxquelles ces moyens doivent le conduire; ce sont ces intentions qui, arrêtées dès l’instant ou a été formée sa sainte âme, ont ensuite motivé toutes ses déterminations libres. Elles sont comme les racines d’où sont nées, comme autant de fleurs odorantes et de fruits savoureux, toutes les paroles et les actions du Sauveur. Par elles, ces actions, qui étaient déjà divines en raison du principe dont elles émanaient, sont de plus divines en vertu de leur objet. Ce sont ses intentions qui le dirigent en toutes choses ; ce sont elles qui constituent sa sainteté; et, si nous pouvions nous approprier ses intentions, nous deviendrions saints comme lui.

C’est alors aussi que nous pratiquerions, dans toute sa perfection, la dévotion à son Cœur sacré. Car nous ne l’avons pas oublié : l’objet principal de cette dévotion n’est pas le Cœur physique de l’Homme-DxEu, bien qu’il en soit l’objet matériel et spécial. Ce que le

divin Maître veut surtout nous faire honorer dans ce Cœur, ce sont les sentiments dont il est l’organe : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes ; » et puisque ses intentions dominent tous les sentiments, puisque de tous les genres de culte, l’imitation est le meilleur et le plus agréable à Dieu, nous ne pouvons mieux pratiquer la dévotion au Cœur de Jésus qu’en nous appropriant les intentions de ce divin Cœur.

C’est pour cela que cette pratique a été choisie comme obligation unique imposée aux Associés de l’Apostolat de la Prière ; et on va comprendre combien il est facile d’en retirer les fruits les plus précieux.

On peut s’approprier les intentions du Cœur de Jésus de deux manières, toutes les deux très sanctifiantes, bien que leur efficacité soit inégale.

Nous pouvons d’abord embrasser dans une vue d’ensemble toutes ces divines intentions, et les offrir ensemble à Dieu, en protestant que nous les acceptons comme nôtres, et que nous n’entendons avoir d’autres fins de touteg nos œuvres que celles choisies et poursuivies par notre divin Maître.

Tel est, en effet, le devoir du serviteur. Par là même qu’il ne s’appartient pas et qu’il s’est donné à son Maître, il ne doit plus avoir d’autres intérêts que les siens ; et, sans connaître en détail ses désirs, il doit les embrasser d’avance et se montrer déterminé à en faire la règle de sa conduite. Adopter dans notre cœur les intentions du Cœur de Jésus, les réaliser par nos actions, leur immoler par nos sacrifices toutes les intentions différentes, tels sont les trois degrés du dévouement ; et puisque la dévotion au Cœur de Jésus est par excellence la dévotion du dévouement, l’Apostolat de la Prière ne pouvait mieux nous faire entrer dans l’esprit

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de cette dévotion qu’en demandant à tous ses membres l’offrande quotidienne de toutes leurs prières, leurs œuvres, et leurs souffrances aux intentions du divin Cœur. Autant cette pratique est aisée, autant elle est efficace. Si l’on considère l’effort qu’elle demande et le temps qu’elle prend, on peut dire que ce n’est rien : mais si l’on envisage les fruits qu’elle peut produire et les mérites qu’elle peut nous valoir, oa doit la mettre au premier rang parmi les exercices de piété.

Nous venons, en effet, de comprendre que l’intention revêt de son excellence toutes les œuvres qu’elle anime et leur communique son mérite. L’intention de la charité, qui est d’or, change en or les œuvres les plus viles par elles-mêmes sur lesquelles s’étend son influence.

Or, de l’aveu de tous les théologiens, pour que la vertu d’une intention s’exerce sur une œuvre, il n’est nullement nécessaire qu’elle soit actuellement conçue et formulée, au moment où l’œuvre s’accomplit. L’intention d’atteindre un but nous dirige dans toute notre marche, bien que nous nous occupions d’autres objets ; et son influence ne cesse que lorsque nous nous arrêtons volontairement, ou que nous nous dirigeons vers un autre but. Ainsi, dans l’ordre moral, l’intention que nous nous sommes librement proposée animera nos œuvres tant que nous ne les rétracterons pas, soit explicitement par une détermination expresse, soit implicitement, en prenant une détermination contraire. 11 est certain qu’une intention surnaturelle énergiquement adoptée au commencement de la journée, si elle n’est pas rétractée de l’une ou de l’autre de ces deux manières, a assez de force pour imprégner de son mérite toutes les œuvres de la journée; et puisque, de

toutes les intentions, les plus excellentes et les plus méritoires sont incontestablement celles du Cœur de Jésus, la pratique de l’ Apostolat de la Prière, si elle est bien accomplie, suffit pour conférer une valeur inappréciable à toutes nos prières, à toutes nos œuvres, à toutes nos souflrances, pour diviniser notre vie entière.

Cependant, pour assurer à cette pratique toute son efficacité, il ne faut pas se contenter de cette adoption générale et implicite des intentions du divin Cœur, il faut les étudier dans le détail, et nous efforcer de les faire passer une à une dans notre cœur.

Ces intentions ne nous sont pas inconnues : nous savons vers quelles fins le divin Sauveur dirigeait toutes ses œuvres, et dirige encore ses prières et ses sacrifices ; vers quels objets il tournait et tourne encore tous ses désirs, toutes ses ambitions.

C’est d’abord la gloire de son Père, l’accomplissesement de tous ses desseins, l’établissement de son règne sur la terre, en dépit des résistances que lui opposent la haine de Satan et la malice des hommes.

C’est, en second lieu, le salut de l’humanité, la destruction du péché et la conversion des pécheurs, la sanctification de nos âmes.

Ces deux fins n’en font qu’une pour le divin Sauveur : car c’est uniquement dans notre salut qu’il cherche la gloire de son Père ; il les veut donc de la même volonté, les désire avec la même ardeur, les poursuit avec la même activité.

Au prix de ces deux grands objets tout le reste n’est rien pour le Cœur de Jésus. Richesses et grandeurs de la terre, chefs-d’œuvre du génie, inventions de la science, élévations et chutes d’empire, toutes ces choses, dont nous sommes si enclins à nous préoccuper

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outre mesuie, sont pour lui, en elles-mêmes, l’objet du plus profond mépris. Ce qu’il considère et estime en elles, c’est la fin en vue de laquelle la Providence de son Père a prévu et permis tou les ces choses dès l’éternité : la gloire de Dieu dans le salut des âmes.

Quand donc nous voudrons-nous établir dans l’ordre et marcher dans la vérité; voir les choses comme elles sont et les estimer à leur juste valeur, transportonsnous dans le Cœur de Jésus et etïorçons-nous de nous rendre compte de ses sentiments. Ce ne sera pas chose difficile. Si nous le consultons avec sincérité, il ne manquera pas de nous éclairer sur le prix véritable des grandeurs qui nous éblouissent, et de nous communiquer son mépris pour les maux qui nous efïraient.

Il y a là un sujet de méditations éminemment pratique et toujours à notre portée.

En nous élevant à la hauteur d’où ce divin Cœur envisage toutes choses, nous nous accoutumerons à conformer nos sentiments aux siens, et à repousser comme d’instinct tout sentiment humain qui tendrait à altérer la pureté de nos intentions. Nos œuvres ne perdront rien de leur mérite ; et ce mérite, au contraire, ira s’accroissant de plus en plus. Plus nous nous approprierons les intentions du divin Modèle, plus nous lui deviendrons semblables.

En obéissant au précepte de saint Paul : « Ressentez en vous-mème les sentiments de Jésus-Christ, » nous nous mettrons en état de dire avec le même apôtre : « Je vis ; non ce n’est plus moi qui vis, c’est Jésus- Christ qui vit en moi. »

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