CHAPITRE PREMIER
Le premier ennemi ou Satan *.
Le Cœur de Jésus peut-il avoir des ennemis? Peut-il se rencontrer quelque part un cœur d’homme capable de balr ce divin Cœur? Hélas! c’est là un mystère d’iniquité qui n’a que trop de réalité. Oui, sur la terre, parmi ces hommes pour qui le Cœur de Jésus prie et s’immole sans cesse, il a toiijours rencontré des ennemis ; il en rencontre encore de nos jours en grand nombre, et jamais, peut-être, ces ennemis ne mirent en œuvre une tactique plus habile et des efforts plus persévérants.
Or, puisque nous sommes tous appelés à concourir à l’établissement du règne du Cœur de Jésus en nous d’abord, et ensuite dans la société, il est très important de bien connaître la tactique de ces 'ennemis et le moyen que nous devons prendre pour les vaincre. Il ne sera donc pas hors de propos de nous livrer à cette étude, avant d’entrer dans le détail des devoirs que nous avons à remplir pour que ce divin Cœur règne véritablement en nous.
1 Messager , t. TV, p. 241.
LE RÈGNE SOCIAL I)tT COEUR DE JÉSUS.
Le grand ennemi de Jésus-Christ est Lucifer. Vaincu une première fois dans le ciel, après qu’il eut refuse de se soumettre à l’Homme-DiEu, qui lui avait été montré comme devant un jour être le Chef de la création entière, cet esprit superbe a cherché depuis ce temps à se venger de sa défaite, en dérobant à son divin rival les adorations des hommes. Pour y mieux réussir, il imite, autant qu’il peut, Jésus-Christ et son Église. Il étudie les penchants de chaque homme, de chaque peuple et de chaque siècle; et il leur offre l’apparente satisfaction de ces penchants, pour les détourner de chercher dans le Cœur de Jésus le seul aliment qui puisse réellement les satisfaire. Chez les peuplades guerrières et barbares, il n’a que des inspirations sanguinaires. Lisez l’histoire de nos sauvages ancêtres, écoutez les récits des voyageurs qui ont visité les tribus nomades de l’Afrique et de l’Océanie, vous verrez jusqu’à quel point les divinités infernales adorées par ces peuples se complaisent dans le sang. La félicité suprême qu’elles promettent à leurs adorateurs consiste à boire dans le crâne de leurs ennemis, et à se repaître de leurs chairs palpitantes.
Il en est tout autrement des sociétés civilisées, et surtout d’une société comme la nôtre, au sein de laquelle l’Évangile, par une longue infiltration de vingt siècles , a pu faire pénétrer des sentiments d’humanité et d’amour mutuel. Quelle tactique suivra l’ennemi de Dieu et des hommes, au sein d’une société
semblable? Renoncera- t-il à nous inoculer sa haine? Non pas assurément ; mais il se gardera bien de nous la prêcher trop ouvertement. L’amour mutuel, la fraternité, le dévouement sont choses trop aimables pour qu’on puisse, avec quelque chance de succès, s’attacher à les rendre odieuses. Satan va, au contraire, se faire le prédicateur de la fraternité et du dévouement ; mais ce dévouement et cette fraternité, il les entendra à sa manière; et, comme cette manière est toute opposée à celle que Jésus-Christ nous a inculquée par ses leçons et par ses exemples, les disciples de Satan trouveront dans leur dévouement même un motif de haïr les disciples de Jésus-Christ. Ils les proscriront, au nom de la tolérance ; ils les enchaîneront, au nom de la liberté; ils les mettront à mort, quand ils le pourront, au nom de la fraternité.
Telle est donc aujourd’hui la position respective des deux armées auxquelles, depuis soixante-dix siècles, la terre sert de champ de bataille. C’est aujourd’hui sur le terrain de la fraternité que se livrent les combats les plus acharnés; des deux côtés on déploie le même drapeau et on pousse les mêmes cris de guerre : amour mutuel, dévouement, progrès. Satan, le cruel Satan a pris des mœurs plus douces. Le vieux serpent s’est transformé; il cache avec soin ses yeux sanglants et sa queue tortueuse. Il donne à son venin la douceur du miel. Le père de la haine se montre plein de cœur, et il inspire à ses apôtres les plus fidèles des hymnes remplies d’onction , en l’honneur de la rédemption universelle.
Combien de nobles cœurs se laissent prendre à ces hypocrites déclamations! Combien d’âmes, sincèrement désireuses de travailler au bonheur de leurs sembla-
■SH LE RÈGNE SOCIAL Bl CCEl'R DE JESUS.
blés, sont retenues par ces mensonges loin de Celai qui seul peut rendre les hommes vraiment heureux ! Combien de chrétiens ignorants et faibles se laissent ébranler, par les spécieuses apparences dont savent s’entourer les ennemis de Jésus-Christ !
En quoi donc ces apparences diffèrent-elles de la réalité? Par quoi la fraternité selon le Cœur de Jésus se distingue-t-elle de la fraternité selon le cœur de Satan?
Elles diffèrent en tous points ; et elles ne sont pas moins opposées l’une à l’autre par le but où elles tendent, que par les moyens dont elles se servent pour atteindre ce but.
La charité du Cœur de Jésus a pour but de rendre les hommes meilleurs, en les rendant plus semblables à Dieu. N’est-ce pas à ce but que doit tendre tout amour véritable? Qu’est-ce qu’aimer, si ce n’est vouloir le bien? Et comment peut-on vouloir le bien des hommes, si ce n’est en les rapprochant du Souverain- Bien et en leur en assurant la possession? Il n’y a donc de véritable amour des hommes, de philanthropie bien entendue, que celle dont Dieu est l’objet et le principe. Aussi saint Paul ne craint-il pas de dire que la philanthropie est apparue aux hommes en Jésus- Christ 1 * * 4.
Voyez -la, cette divine philanthropie du Cœur de Jésus. Voyez comme elle est généreuse; aucun sacrifice ne l’arrête, les tourments de la mort ne font
1 Tit. ni. 4. u Apparuit benignitas et humanitas Salvatoris nostri
Del » Le mot grec dont saint Paul s'est servi est philantliropia.
Ce mot appartient donc au vocabulaire chrétien, comme tant
d'autres que les ennemis du christianisme nous ont dérobés.
qu’attiser ses flammes. Immense comme Dieu même, elle embrasse, dans une même étreinte, les pécheurs et les justes, les juifs et les gentils, les Samaritains impurs et les publicains méprisés. Plus tendre que l’amour d’une mère, elle s’apitoie sur toutes les souffrances et yole au secours de toutes les infirmités. Mais toujours elle a en vue le but divin où elle tend, et où elle s’efforce de conduire tous les hommes : la gloire de Dieu, la possession de Dieu. Elle aime les pécheurs pour les rendre justes, et les justes pour les rendre plus justes encore. En soulageant les maux corporels, elle s’efforce de guérir les maladies des âmes, cent fois plus périlleuses; elle élève tout ce qu’elle touche. Telle a été la philanthropie de tous les saints; telle est encore la charité de tous les chrétiens vraiment dignes de ce nom.
Mais telle n’est pas la philanthropie selon le cœur de Satan. Celle-là, bien loin de chercher à rapprocher les hommes de Dieu, s’efforce, au contraire, de leur fournir les moyens de se passer de Dieu. Elle s’occupe beaucoup des corps, et très peu des âmes ; et, quand elle consent à faire quelque chose pour les âmes, elle leur prodigue tout ce qui peut les enorgueillir, mais rien de ce qui peut leur faire acquérir les véritables vertus, fondées sur l’humilité. Elle méprisera les saints comme de petits esprits. Quant aux criminels, elle leur témoignera sa compassion, non pas en leur inspirant le
regret de leurs crimes, mais en excusant, sinon en glorifiant ces crimes mêmes.
C’est sous l’influence de cette fausse philanthropie qu’on verra paraître et se répandre, avec une lamentable profusion, des livres où les hommes révoltés contre la société sont représentés comme des muera blés, pleins de qualités héroïques. Les plus grands crimes paraîtront excusables, dès qu’on pourra les attribuer à de grandes passions. Ces passions fougueuses, que la charité du Cœur de Jésus nous enseigne à dompter et à tourner vers le bien, la fausse philanthropie nous encourage à en subir la tyrannie, à en satisfaire les plus coupables caprices.
Aussi la classe d’êtres à laquelle cette philanthropie selon le cœur de Satan s’intéresse davantage, ce sont ceux qui ont préféré, jusqu’à la fin, le joug abrutissant de leurs passions au glorieux service de leur Créateur, ceux qui ont lassé, par l’obstination de leur résistance, la miséricorde infinie du Cœur de Jésus, les damnés. C’est merveille comme Satan s’apitoie sur le sort des infortunés qu’il a entraînés avec lui dans l’éternel abîme. Rien n’est éloquent comme les plaintes qu’il inspire à tous ses suppôts, en faveur de ces victimes volontaires de la divine justice. Dieu est accusé de dureté, Jésus-Christ est taxé de rigueur pharisaïque, le christianisme est menacé d’être mis au ban des sociétés civilisées à cause de ce dogme de l’éternité des peines.
On somme même le Tout-Puissant d’avoir à partager son bonheur avec tous les scélérats, qui n’ont usé de leur liberté que pour repousser ce bonheur, et outrager celui qui le leur oflrait. Les philosophes écrivent de gros livres où ils prouvent, avec de grands
frais d’érudition, que l’enfer est supprimé pour jamais, et qu’il n’y a plus pour les hommes d’autre séjour que la terre et le ciel *. Et, afin de rassurer encore mieux ceux qui ont intérêt à ce que l’enfer n’existe pas, voilà que les prétendus esprits des morts reviennent sur la terre et proclament, par la voix de leurs médiums , l'abolition de la mort éternelle. C’est là, à peu près, le seul dogme de la nouvelle religion qui, sous le nom de spiritisme , fait en Amérique et en Europe un si grand nombre de prosélytes. Croyez, du reste, ce que vous voudrez ; toutes les religions sont bonnes, excepté celle qui condamne Lucifer et ses partisans à des peines éternelles.
Voilà le symbole vraiment bien large de la religion des esprits. N’est-ce pas tout ce qu’il faut pour attirer les âmes efféminées qui craignent les peinçs éternelles et qui, pourtant, ne veulent s’imposer aucun sacrifice pour les éviter? N’est-ce pas aussi le meilleur moyen de tourner contre Jésus-Christ ce penchant à la commisération pour les souffrances de nos semblables, qui fait la gloire de notre société et qui la rendrait si accessible aux divins attraits du Cœur de l’Homme-DiEu? N’est-ce pas vraiment la religion du cœur de Satan, opposée à la religion du Cœur de Jésus ?
Entre ces deux religions, il n’y a pas d’accord possible. De même que le malade déterminé à se faire illusion sur son état traite en ennemi le médecin qui lui signale le danger auquel il est exposé, ainsi ceux qui ont dit dans leur cœur qu’il n’y a pas d’enfer ne peuvent souffrir ceux qui croient à l’existence des
1 Terre et Ciel est le titre d’un ouvrage de M. Jean Reynaud, condamné par le Concile de Périgueux.
peines éternelles. Ils invectivent contre nous, comme si nous avions inventé le dogme auquel nous croyons. Nous avons beau prouver notre sincérité par les plus grands sacrifices ; nous avons beau travailler, avec le plus généreux dévouement, pour arracher les âmes de nos frères à ces tourments éternels, dont la réalité ne peut être pour nous l’objet d’un doute. On ne veut pas de notre dévouement; on ne veut pas éviter l’enfer; ce que l’on veut, c’est que l’enfer ne soit pas à craindre, même de ceux qui ne font rien pour l’éviter. Et, comme il nous est impossible de ne pas protester contre une erreur aussi funeste, on nous accuse d’être les ennemis du genre humain, et on proscrit, au nom de la philanthropie, la religion d’amour que nous prêchons.
Cette philanthropie, selon le cœur de Satan, n’est pas moins opposée à la charité du Cœur de Jésus par les moyens qu’elle met en œuvre, que par le but où elle tend.
La charité du Cœur de Jésus ne craint pas de sacrifier toutes les jouissances égoïstes, pour assurer le bonheur du prochain. Elle se nourrit d’abnégation, et elle trouve dans les privations qu’elle s’impose des ressources inépuisables pour soulager les maux d'autrui. La somme de biens matériels que la terre fournit aux hommes est renfermée dans d’étroites limites, tandis que les exigences de la convoitise sont illimitées. Si donc l’esprit d’abnégation ne vient pas refréner ces
exigences, et mortifier la convoitise, ceux qui possèdent en plus grande abondance les biens de ce monde auront beaucoup de peine à trouver, dans leur superflu, une part pour les indigents. Il est, d’ailleurs, un genre de secours plus nécessaire encore aux déshérités de ce monde que l’aumône matérielle : c’est la commisération affectueuse, ce sont les marques d’estime et de sympathie de ceux qui sont au-dessus d’eux. Or, c’est là ce que le riche et le puissant ont le plus de peine à donner, si l’humanité chrétienne ne détruit pas dans leur cœur l’enflure de l’orgueil et la sécheresse de l’égoïsme.
Voyez, au contraire, le Cœur de Jésus; voyez tous les cœurs qui l’ont pris pour modèle, comme il leur en coûte peu de descendre des positions les plus hautes, de s’abaisser jusqu’aux plus profondes misères ! Quel bonheur ils goûtent à répandre, sur les blessures les plus envenimées, le baume de la plus tendre sympathie! Les privations les plus amères leur deviennent douces, pourvu qu’ils puissent, à ce prix, relever une àme abattue, réconcilier avec Dieu et avec la société un cœur ulcéré par la haine et le désespoir.
Bien différente est la philanthropie selon le cœur de Satan. Elle veut bien travailler au soulagement des malheureux, mais c’est à la condition qu’elle ne diminuera pas la somme de ses jouissances. L’esprit de sacrifice lui est inconnu ; ses largesses même sont l’effet d’un calcul ; elle ne donne une partie de ce qu’elle possède qu’afin de mieux sauvegarder le reste. Incapable de pratiquer le renoncement, elle est également incapable de le persuader aux infortunés qui réclament ses secours. Tout ce qu’elle peut faire pour les consoler de l'insuffisance de ses largesses, c’est de leur promettre pour l’avenir un état de choses plus favorable. En at-
tendant, elle continue de jouir de son abondance, et confie à des mercenaires le soin de distribuer ses aumônes.
Du reste, elle ne se fait pas faute de s’apitoyer dans ses livres sur les misères de l’immanité; elle produit chaque jour de nouveaux plans de régénération sociale. Il n’est qu’un plan qu’elle repousse obstinément : c’est celui que l’Église met en œuvre depuis dix-huit siècles; c’est la charité qui s’appuie sur le renoncement ; c’est surtout la bienfaisance dont les trois vœux de religion sont la garantie. A ses yeux, c'est un crime que de faire vœu de pauvreté pour mieux soulager les pauvres, de faire vœu de chasteté pour se dévouer plus librement au^ soulagement de toutes les misères, de faire vœu d’obéissance pour lutter avec plus d’ensemble et d’efficacité contre toutes les douleurs, dont l’humanité est assaillie. Ceux qu| se rendent coupables de ce triple crime doivent être surveillés, tracassés, découragés par toute sorte d’entraves. C’est faire une bonne œuvre *que de les calomnier, de leur suppQser les intentions les plus viles, et de les rendre tous responsables des fautes d’un très petit nombre d’entre eux.
Qu’ils aient d’ailleurs civilisé l’Europe ; qu’ils aient couvert le sol de preuves de leur dévouement; que, dans toutes les épidémies, ils soient les premiers à mépriser une mort certaine pour voler au secours de leurs semblables; qu’on les trouve partout où il y a un danger à courir et une misère à soulager, dans les prisons, dans les bagnes, dans les ambulances, dans les colonies pénitentiaires et pestilentielles de la Guyane, peu importe. On fermera les yeux sur tous ces faits et on réclamera à grand cris, au nom de la philanthropie.
l'abolition des ordres religieux. On écrira des histoires où les faits, odieusement travestis, viendront rendre témoignage contre la vérité; et, ce qui est bien plus facile encore et guère moins efficace, on écrira des romans dont les péripéties, artificieusement combinées, prouveront évidemment à tous ceux à qui l’imagination sert d’intelligence, qu’il n’y a chez les religieux et chez les chrétiens qu’égoïsme et hypocrisie, et que la générosité est le partagé exclusif des incrédules.
Voilà comment on sjappuie, pour combattre le christianisme, sur les nobles tendances que le christianisme est seul' capable de satisfaire. Voilà le fantôme qui, de tous côtés et sous toutes les formes, se présente aujourd’hui aux âmes généreuses sur lesquelles l’amour du Cœur de Jésus devrait avoir le plus de prise. Ce sont ces âmes que Satan est le plus jaloux d’enrôler sous son drapeau; aussi met-il tous ses soins à les tromper, et emploie-t-ii, pour les corrompre, ses meilleurs instruments.
Que faire pour déjouer des plans si bien concertés ? Comment pourrons-nous travailler à établir, en dépit de tous ces obstacles, le règne du Cœur de Jésus? Comment pourrons-nous forcer les hommes à reconnaître la vraie charité et à la distinguer de son indigne contrefaçon?
Ce que nous avons à faire d’abord, c’est de ne pas donner prise aux accusations que nos ennemis sont si disposés à faire peser sur nous. S’il leur en coûte si
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peu d’inventer des crimes imaginaires, ils sont bien plus heureux encore quand ils peuvent saisir des défauts réels, les exagérer, les noircir, et en rendre responsable la religion elle-même. Si donc nous ne voulons pas compromettre gravement les intérêts de cette religion sainte, nous devons nous ^défaire de tout ce qu’il pourrait y avoir dans nos vues et notre conduite d’intéressé, d’égoïste, d’humain. Moins que jamais, il est permis aux serviteurs de Dieu d’écouter les inspirations de l’amour-propre ; de céder, même dans les choses de moindre importance, aux suggestions de la cupidité, de la sensualité, de la jalousie. Si nous ne voulons pas trahir les intérêts du Cœur de Jésus, il faut leur sacrifier nos intérêts propres; si nous ne voulons pas nous rendre suspects d’hypocrisie, il faut nous interdire les moindres faiblesses. Plus on fait d’efforts pour obscurcir l’éclat de la vraie charité, plus il faut faire d’ellorts, de notre côté, pour en montrer, dans toute notre conduite, la sincère image. Plus nos ennemis s’attachent à nous faire passer pour des égoïstes, plus il faut nous attacher à prouver notre dévouement par nos œuvres. Plus ils se montrent désireux de nous désunir, plus nous devons resserrer les liens qui nous unissent.
La dévotion au sacré Cœur de Jésus, si nous savons la bien comprendre, produira en nous cet heureux effet ; elle nous rendra le renoncement facile, et, en noos apprenant à nous renoncer nous-mêmes, elle resserrera notre union mutuelle. Ainsi démentirons-nous, par le plus irrécusable des témoignages, les calomnies qu’on se plaît à déverser sur nous ; et tandis que la fausse philanthropie, fille de l’orgueil, produira les divisions et les haines dont l’orgueil est le principe nécessaire,
LE IMtEM IEH ENNEMI 01' SATAN. 07
la charité, eu unissant ses défenseurs, leur donnera la force de conquérir le monde.
Cette force sera d'autant plus irrésistible, que notre charité sera plus dévouée et plus ardente. Car le cœur humain ne peut résister longtemps à la pression de l'amour. Il peut se tromper sur l’amour véritable ; ses inclinations mauvaises peuvent le porter à donner la préférence à la fausse philanthropie, qui flatte ces inclinations, sur la charité sincère qui les combat. Mais il est rare qu’il arrive à un tel degré de malice, qu’il résiste sciemment et délibérément aux sollicitations d’un amour dont il reconnaît la sincérité. Nous pouvons donc nous flatter de l’espoir que le règne du Cœur de Jésus s’établira dans la société entière, le jour où elle sera désabusée des illusions de la fausse philanthropie, et où elle sera convaincue que ce divin Cœur est l’unique source du véritable amour. Mais comment parviendrons-nous à faire pénétrer cette conviction dans l’esprit des hommes? Il n’y a pour cela qu’un moyen ! Il faut nous pénétrer à leur égard de la charité du Cœur de Jésus, et la leur manifester de toutes les manières possibles. C’est en aimant que l’amour se prouve, comme c’est en brûlant que le feu manifeste sa présence.
Nous l’avons déjà démontré’ : c’est sur le terrain de la fraternité et de l’amour mutuel que se livre en ce moment le grand combat. Sûrement, nous ne devons pas nous plaindre, nous disciples de la religion d’amour, nous serviteurs du Cœur de Jésus, que ce terrain nous soit défavorable. Et sur quel terrain pourrions-nous lutter avec plus d’avantage? Quelle est la puissance au monde capable de vaincre le Cœur de Jésus sur le terrain de l’amour? Quelque habileté que puissent dé-
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ployer Satan et ses suppôts pour contrefaire le vrai dévouement, leur contrefaçon pourra-t-elle jamais égaler la réalité? Le cœur de Satan pourra-t-il jamais contenir autre chose qu’un océan de haine, et les apparences dont il pourra se couvrir seront-elles jamais capables d’empêcher ce fond de paraître? Non, non, sur ce terrain la victoire ne saurait être douteuse, et elle ne peut être retardée que par le défaut de confiance et de zèle de la part des serviteurs du Cœur de Jésus. Qu’ils se revêtent de la charité de ce divin Cœur, comme d’une armure invincible, et qu’ils marchent vaillamment au combat. Ils vaincront toutes les résistances. Les preuves de leur dévouement, semblables à des traits acérés, iront percer au cœur les ennemis de Jésus-Christ, et les peuples tomberont à ses pieds. (Ps. xliv, 6.)