UN REIN LÉSÉ MODIFIE-T-IL L'ACTION DE L’INSULINE
Étant donné que l’insuline s’élimine par le rein comme l’ont montré les travaux de Banting, Best et Scott, puis Fischer et Noble, il est intéressant de se demander si l’insuline ne pouvait pas s’accumuler dans l’organisme lorsqu'il existe une imperméabilité rénale, et si de ce fait son action n'était pas différente chez les malades atteints de néphrite, problème dont on conçoit toute l’importance au point de vue pratique.
En 1928 le professeur Loeper, Lemaire, d’abord avec Tonnet à la Biologie, puis avec Ravier à la Médicale ont étudié le pouvoir hypoglycémiant de l’insuline chez les animaux dont ils avaient liés le pédicule rénal et chez des azotémiques aux reins plus ou moins imperméables. Leurs expériences, toutes concordantes, leur ont montré d’une manière indéniable que l’hypoglycémie insulinique était plus forte et plus prolongée lorsque le rein était lésé que lorsqu'il était sain.
Gnonski était arrivé également à des mêmes résultats chez des chiens après ligature des uretères.
En 1932, Aubertin et Trinquier reprenaient ces expériences et arrivaient à ces conclusions analogues :
19 Tant après néphrectomie qu'après ligature des uretères l’action de l’insuline est considérablement accrue, à la fois
par la prolongation de l'effet glycémiant que par une intensité plus grande du processus.
20 Cette action plus grande est due pour la plus grande part à la suppression de l’excrétion normale de l'insuline par le parenchyme rénal.
De ces travaux découlent deux conclusions pratiques :
19 On devrait d’autant plus se méfier des acccidents d’hypoglycémie que le rein est plus lésé; cependant nous n’avons pas connaissance qu'un seul accident de ce genre ait été signalé chez un néphrétique alors qu’au contraire les comateux azotémiques supportent les plus fortes doses d'insuline en gardant bien souvent au contraire une glycémie élevée.
29 La voie intraveineuse peut être employée chez les rénaux comme la voie sous-cutanée puisque l’élimination de l’insuline est faible et prolongée, alors qu’elle n’est guère à recommander chez le sujet au rein normal, l'insuline s’éliminant alors rapidement.