‹ Le reine Victoria et son JubiléChapitre 18 sur 28 · GG · texte numérisé non relu

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sibles, et saluaient solennellement le prince, en arrivant à lui et en le quittant, chacun en levant son arme ; mais les cœurs battaient <lans les poitrines que ces médailles a laient décor r, ce l'accueil que leur faisait S. A. R. était remarquable de cordialité et de grâce.

Immédiatement après cette imposante et touchante cérémonie, le même jour, le National Libéral Club donnait un déjeuner aux premiers ministres coloniaux, et aux libéraux. Trois cents convives y prirent place. Ce ne fut pas seulement un repas joyeux, mais une fête d'éloquence à laquelle prirent part Sir Wilfrid Laurier, Sir William Harcourt et Lord Roseberry.

Sir Wilfrid Laurier répondit à la santé : • Nos hôtes, les Premiers." proposée en termes aimables par le Président, Lord Carrington. La parole facile et élégante de notre Premier fut très applaudie.

Sir William Harcourt lit un remarquable

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Les réceptions privées succédèrent aux réceptions publiques ; et non seulement nous ne saurions pas les décrire convenablement, mais nous ne pouvons pas même en publier une liste complète.

Mentionnons, entre autres, celles de la duchesse d'Abercorn à Harnpden House, de Sir Henry Irving au Lyceum Théâtre, et le garden party du duc et de la duchesse de Devonshire.

Rappelons encore parmi les plus brillantes de Londres, auxquelles il nous a été donné d'assister, la somptueuse réception du marquis de Lansdowne dans sa résidence princière de Berkeley Square, et celle de Lord Sbrathcomx à l'Institut Impérial.

Après les réceptions de Londres vinrent celles des châteaux environnants. C'est ainsi que les Premiers coloniaux furent reçus et fêtés à Chester par le maire de la ville, à Hawarden par le Grand Vieillard Gladstone, et à Llanrwst par Lord Carrington.

Le 7 juillet, c'est au château de Windsor qu'ils étaient invités avec leurs femmes par Sa Majesté.

Des officiers du château les attendaient à la gare un peu avant midi, et ils les conduisirent d'abord au palais. Quelques instants après, on leur fit faire une promenade à travers le parc et les jardins, jusqu'au mausolée de Frogmore, élevé sur la tombe du prince Consort, puis à la résidence du prince Christian.

Le temps était ravissant, et les visiteurs purent admirer à loisir les alentours de la royale demeure.

Revenus au palais, ils visitèrent les chapelles et le cloître, et furent ensuite introduits dans une des salles du château, où le duc de Devonshire, président du Conseil Privé, M. Chamberlain, secrétaire des oolonies, et plusieurs autres membres du Conseil vinrent les rejoindre.

A deux heures P. M. un somptueux déjeûner leur fut servi dans la salle Saint- Georges j et, après le déjeûner, Sa Majesté,

accompagnée du duc de Connaught, du grand duc de Hesse, de la princesse de Battenberg et d'autres membres de la famille royale les reçut dans le grand salon blanc.

Des adresses furent alors présentées à 8a Majesté par Sir Wilf rid Laurier au nom du Parlement du Canada, et des v il les de Montréal et de Toronto — et par les autres ministres coloniaux aux noms de leurs gouvernements respectifs. Lady ïurner et Lady Forrcst lurent aussi des adresses à la reine de la part des femmes d'Australie.

Sa Majesté répondit gracieusement à toutes ces adresses ; et les Premiers coloniaux furent ensuite assermentés comme membres du Conseil Privé de Sa Majesté.

Il était près de cinq heures quand ils reprirent la route de la métropole, enchantés de ce qu'ils avaient vu, et du gracieux accueil de leur grande souveraine.

Longtemps sans doute ils garderont le souvenir de ces fêtes incomparables auxquelles ils ont été mêlés, et l'esquisse que

nous venons d'en faire devra avoir pour eux un charme particulier.

Mais il nous semble qu'elle aura aussi de l'intérêt pour tous nos compatriotes, parce que l'événement que nous avons raconté et décrit devra occuper une place importante dans notre histoire.

C'était la première fois que le Canada était appelé à jouer un rôle sur un grand théâtre où figuraient toutes les puissances européennes, et tous ceux qui voudront rendre justice à notre premier ministre devront reconnaître que ce rôle a été bien rempli.

Jusqu'au jour de ce mémorable événement, le Canada n'était guère connu parmi les peuples nombreux qui s'y sont fait représenter; mais ils ne peuvent plus l'ignorer après tout le bruit fait autour de son nom pendant ces fêtes.

Si l'Angleterre était la reine de ce grand rassemblement de peuples, les Etats coloniaux en étaient les princes ; or, dans cette cour princière de l'Empire britan-

nique, le Canada occupait la première place, et parmi les premiers ministres coloniaux Sir Wifrid Laurier brillait au premier rang:

Après Sa Majesté, sur laquelle tous les regards étaient naturellement fixés, il a peut-être été l'homme qui a le plus attiré l'attention publique dans les nombreuses manifestations où il a représenté son pays.

Partout où sa présence était requise, il a su occuper la place d'honneur qui lui était assignée, et remplir la tâche qui lui était confiée, avec la dignité, la correction et le tact que les circonstances exigeaient. Il a su plaire à tous par sa distinction pleine de réserve, par sa remarquable intelligence, par l'amabilité de ses manières, et par sa bonne humeur toute française corrigeant agréablement son flegme britannique.

Tous les hommes marquants et les plus haut placés de l'Angleterre n'ont pas seulement voulu le voir, ils ont voulu l'entendre,

et dans maintes occasions ils l'ont forcé à prendre la parole.

Certes, il a parlé la plupart du temps dans les circonstances les plus désavantageuses, improvisant presque toujours (car le tourbillon des fêtes ne lui laissait pas un instant pour se recueillir) et s'adressant à des auditoires dont il ignorait les goûts, les idées et les sentiments.

Aussi cro3^ons-nous, sans l'avoir entendu, et d'après le seul rapport des journaux, qu'il n'a pas été dans ces diverses circonstances aussi éloquent qu'il a coutume de l'être, quand il s'adresse à ses compatriotes. Il n'était pas possible qu'il en fût autrement; et nous sommes d'avis que c'est un tour de force d'avoir pu parler ainsi forcément à temps et à contre-temps, et mériter les applaudissements et les éloges de ses auditeurs.

Ses compatriotes ont donc raison d'être lîers de lui ; car il a fait honneur à sa race et à son pays.

Ajoutons que le thème favori de ses dis-

cours était l'éloge du Canada et des Canadiens. Il l'a fait partout avec la chaleur d'un patriotisme ardent, et de manière à prouver sa confiance absolue dans notre avenir national.

Je lui sais gré tout particulièrement d'avoir prononcé cette parole, au banquet que lui ont donné les amis du Canada à Paris :

" Paris est la plus belle de toutes les villes ! Mais Paris avec toutes ses beautés ne parle pas à mon âme comme le rocher

de Québec ! "

Cette parole n'est pas seulement agréable à nos oreilles québecquoises : elle est l'expression vraie et imagée du sentiment national chez les Canadiens-Français.

Quand ceux qui voyagent, ou qui vivent à l'étranger, songent au pays natal, et veulent en évoquer le cher souvenir, c'est l'image de Québec qu'ils voient passer devant les yeux de leur imagination.

Et tous les étrangers, Européens et Américains, qui visitent le Canada en rempor-

tent cette même image profondément gravée dans leur souvenir : Le rocher de Québec, baignant ses pieds dans le grand ileuve, et sa tête dans les nuages, portant une forteresse sur ses épaules, et à ses tiancs accrochés ses pittoresques édifices symbolisant tout ce qui constitue la nationalité !

Voilà le tableau idéal qui parle à l'âme canadienne et dans lequel Sir Wilf rid a eu raison de montrer le Canada.

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