‹ Le reine Victoria et son JubiléChapitre 7 sur 28 · DEUILS · texte numérisé non relu

DEUILS

«mêle commun des morl

bum.

itinelles n'empêchent pu

la mort d'entrer.

Quelque heureuse, quelque bénie, que trela vie que is Providence leur f;,i, quelquefois, elle n'est jamais

épreuves. Que dis -je? La vie humaine n'a de mérite que par l'épreuve, et les rois en ont plus besoin que tout autre.

Pour savoir régner il faut savoir souffrir ; car la souffrance est la grande école où se forment les miséricordieux et les justes; et la miséricorde et la justice doivent être les principales vertus des rois.

La Providence a souvent envoyé cette grande institutrice aux palais de notre Souveraine, et les leçons du malheur n'ont pas manqué à son éducation. Comme femme, comme épouse, comme mère, comme reine, elle a souvent et beaucoup souffert.

La souffrance est le critérium de la vraie grandeur et du vrai mérite. Voulez-vous que je reconnaisse vos vertus ? dites-moi ce que vous avez souffert. Quand le Christ a voulu se faire reconnaître par saint Thomas, il lui a montré ses plaies. Voilà le modèle à imiter. Et voilà sans doute aussi la raison de l'affection sincère et profonde du peuple anglais pour sa souveraine. Allez au fond des choses, et vous verrez que

le vrai fondement de la sympathie que les sujets éprouvent quelquefois pour leur roi est dans la communauté de souffrance.

Un peuple qui souffre ne saurait aimer longtemps un souverain qui serait toujours heureux. Mais si des épreuves douloureuses viennent assaillir celui qui gouverne, et sont acceptées par lui avec résignation, un courant sympathique s'établit irrésistiblement entre ce cœur souffrant et celui de la nation. L'affection s'ajoute à la loyauté; le respect devient du dévoûment ; et ces sentiments assurent la stabilité du trône et de l'Etat. Et puis, qui sait s'il n'y a pas entre les peuples et les gouvernements une espèce de solidarité dans les fautes, et de réversibilité dans les mérites ? Qui sait combien de larmes ont été épargnées à leurs sujets par les pleurs des rois et des reines ?

Ne faut-il pas d'ailleurs que Dieu leur envoie de temps en temps des afflictions profondes, afin que l'exaltation de la puissance et les joies des biens de la terre ne

leur fassent pas oublier le Roi des rois, et la Patrie des patries ?

C'est pour cela sans doute qu'après avoir gravi les suprêmes sommets de la prospérité, notre grande souveraine à dû descendre dans les abîmes du malheur. Hélas ! il lui a fallu connaître ces extrémités de la vie terrestre, et elle a compris que la destinée humaine ne saurait s'accomplir toute entière sans passer de l'une à l'autre. Elle a compris que l'on ne peut apercevoir le but vrai de la vie sans descendre, à la suite de l'être aimé, les marches du sombre escalier qui conduit à la mort.

Son bonheur n'était pas d'être reine.

Elle l'a été cependant, comme elle devait l'être, et elle l'est encore. Mais bien souvent le pouvoir a été pour elle un pénible devoir. Bien souvent le manteau royal qui couvrait ses épaules lui a semblé une robe de Nessus.

Aussi le déposait-elle avec bonheur, quand ses devoirs d'Etat lui permettaient de jouir un peu du foyer domestique. C'est

là qu'elle se trouvait bien mieux assise que sur le trône. Vingt ans de vie commune n'avaient fait que resserrer davantage la douce chaine qui l'unissait à son époux, et pour la reposer des graves soucis de la politique et des ennuis du gouvernement, elle avait pu goûter toutes les douceurs de l'amour conjugal, et toutes les joies de la maternité.

Hélas ! un jour néfaste vint où elle put dire à celui qu'elle aimait si tendiement ces paroles de Juliette à Roméo : " Tu es bien pâle aujourd'hui ; tu m'.ipparais comme un mort au fond d'une tombe ! " Un jour vint où leur duo harmonieux fut à jamais interrompu, et où la chambre nuptiale devint pour toujours solitaire !

Ce fut la grande épreuve de sa vie. Elle se sentit frappée en plein cœur, et l'astre de ses jours, encore à son zénith, fut soudainement enveloppé d'ombres épaisses qui ne se dissipèrent jamais complètement.

Jusque-là sa vie était restée tournée vers l'orient, illuminée des feux de l'aurore, ein-

1 elïie par les promesses et les espérances de l'avenir. Mais à dater de ce jour néfaste elle s'est tournée vers le couchant, -diapée dans ses longs voiles de deuil, •comme si le déclin final était déjà venu couvrir sa route des ombres grandissantes du soir.

Sa douleur fut aussi profonde que sa peite était in ép .rable. Ce n'était pas seulement le plus cher des époux qu'elle pleurait, c'était le plus sage, le plus sincère, le plus h ibi!e des conseillers, qu'elle perdait. C'est alors surtout qu'elle les trouva onéreuses les multiples fonctions de la royauté. Elle n'eut pas même le repos qui lui semblait si nécessaire dans son immense malheur.

Ses devoirs publics furent doublés ; et quand el'e aurait voulu pleurer dans la solitude, il lui fallait à chaque instant essuyer ses larmes, chasser le souvenir de celui qui n'était plus là, pour entendre ses ministres, étudier leurs rapports, parcourir leurs dépêches, discuter avec eux les documents soumis à sa sanction.

Que toute cette vie officielle lui était pénible ! Et pourtant ce travail incessant qu'elle lui imposait n'était-il pas eu même temps un soulagement, puisqu'il détournait sa pensée de son affreux malheur ?

Mais ce fut dans les œuvres de charité qu'elle sut trouver de meilleures consolations. Le prince était mort en décembre 1861, et dans la même année elle avait vu mourir sa mère. Dans l'été qui suivit, elle alla passer quelque temps au château de Balmoral, et ceux qui l'ont vue alors ont raconté qu'elle y consacrait ses journées à soulager le> pauvres et les souffrants.

Au surplus, des liens puissants la retenaient encore à la terre. Si la chambre conjugale était vide, la chambre des enfants était bien remplie. C'est bien à elle qu'on aurait pu appliquer les paroles de la sainte écriture : " Ses enfants se lèveront et l'appelleront b enheureuse. " Sa tille ainée avait épousé trois ans auparavant le prince Frédéric de Prusse, qui devint plus tard empereur d'Allemagne. Mais ses

quatre filles et ses quatre fils grandissaient autour d'elle.

C'est à l'éducation de cette belle famille qu'elle consacra dorénavant tout le temps qui n'était pas absorbé par ses devoirs de reine. La veuve resta inconsolable, mais 1 1 mère goûta les pures joies que procure l'amour filial.

Dès l'année suivante (1862), sa seconde fille, la princesse Alice, épousa le grand duc de Hesse, et devint plus tard la mère de celle qui est ajourd'hui l'impératrice de Russie ; et le prince de Galles se maria avec la gracieuse et jolie princesse Alexandra de Danemark, qui est devenue si populaire en Angleterre.

Au millieu des soucis de la vie de famille, et des mille tracasseries de la royauté, elle avait donc encore des jours de soleil ; et les années succédèrent aux années, sans apporter dans son intérieur d'autres changements que les mariages successifs de ses enfants.

Mais le bonheur des mères n'est pas plus

durable que celui des épouses, et les deuils maternels vinrent s'ajouter à celui de son perpétuel veuvage.

En 1878, elle eut la douleur de perdre la princesse Alice, qui lui avait toujours été particulièrement chère, et qui avait été .sa meilleure consolatrice après la mort du Prince Consort. Sx ans après, le prince Léopold mourait à Cannes, et bien que ce coup ne fût pas tout à t'ait imprévu, il n'en fut pas moins terrible pour la malheureuse mère.

P. us tard ce furent ses gendres l'empereur Frédéric d'Allemagne, puis le prince de Battenberg, qui furent ravis à son affection ; et elle vit revenir à son foyer ses deux filles, veuves comme elle !

Mais tous ces deuils n'abattirent pas la courageuse reine. Elle resta ferme dans l'épreuve, par ce qu'elle se devait à ses autres enfants et à ses sujets. Aux jours de la prospérité, elle avait dit à Dieu : Merci. Aux jours de l'épreuve, elle eut la

force de dire au Maître de la vie : Q 10 votre volonté soit faite !

Aussi la reine ne s'est-clle pas éclipsée dans l'affliction de la mère de famille ; et elle a continué de grandir aux yeux de son peuple. Les voiles de crêpe, épaissis autour de sa personne, n'ont pas empêché l'épanouissement de sa puissance, et le rayonnement de sa gloire.

Etrange et merveilleux contraste ! A mesure que le soleil de sa vie descend à l'horizon, l'astre de sa renommée monte, et son jubilé de diamant en a marqué le izénith.

Il ne saurait entrer dans le cadre de ce travail de rappeler les nombreux et grands événements qui se sont accomplis pendant le long règne de Sa Majesté.

A certains égards, la face du monde a bien changé pendant ces soixante années ;

La Reine-

QUATRE GÉNÉRATIONS ■Le prince de Galles — Le duc d'York — Le petit prince Edouard d'York.

et pour ne parler que de l'Angleterr il est incontestable que ses progrès ont été énormes. Son empire colonial a pris des proportions colossales ; son commerce, sa richesse, sa puissance se sont prodigieusement développés ; et notre Reine-Impératrice règne aujourd'hui sur près de 400 millions de sujets. Or nous pourrions énumérer des agrandissements proportionnels dans tout ce qui constitue l'importance et la orrandeur d'une nation.

— Mais, dira-t-on, tout cela n'ajoute rien au mérite per-onnel de Sa Majesté ; son action et son influence ont été bien minimes dans les agrandissements de son pays, et si vous faites la part de ses sujets, et celle du hasard, il restera peu de grandes choses à son actif

D'abord, écartons le hasard comnrie une des puissances dirigeantes de c î monde, ou bien, restituons-lui son vrai nom, et appelons-le, avecMurger, l'homme d'affaires du bon Dieu. A proprement parler, il n'y a pas de hasard dans les destinées des na-

tions. Il n'y a de place dans leur histoire que pour l'action des hommes et celle de la Providence.

Mais c'est par les hommes que la Providence agit, et c'est déjà un grand honneur d'être choisi par elle pour remplir un grand rôle. Quand donc Notre Souveraine n'aurait pas d'autre gloire que celle-là d'avoir été choisie par Dieu pour régner pendant plus de 60 ans sur un des plus grands peuples de l'univers ne serait-ce pas déjà assez de grandeur ?

Ce n'est pas tout, et la part de Sa Majesté dans les progrès réalisés et dans l'expansion de la gloire nationale n'est pas aussi minime qu'on pourrait peut-être le penser. Pour qu'une nation grandisse il faut qu'elle soit bien gouvernée. Il faut qu'elle possède la liberté, la paix, et l'ordre social. Or voilà précisément ce que Notre Souveraine a donné à l'Angleterre pendant soixante ans.

— Mais, dira-t-on encore, ce n'est pas elle qui a donné ces biens au peuple anglais, ce

sont ses ministres. Elle rè^ne, mais elle ne gouverne pas.

Cependant il ne faut pas prendre à la lettre cette maxime de droit parlementaire. Sans doute, sous le régime constitutionnel, le souverain ne peut rien faire sans ses ministres ; mais il faut ajouter qu'ils ne peuvent rien faire sans lui, et si le souverain n'approuve pis la politique de son premier ministre c'est à ce dernier de s'en aller, tandis que le souverain demeure. Ce pouvoir est formidable, et quand il est convenablement exercé il donne au souverain une influence très grande et très salutaire dans le gouvernement du pays.

Eh ! bien, nous disons que notre illustre. Souveraine a su exercer dans une large mesure cette influence salutaire dès son accession au trône et pendant tout son règne

Tous les premiers ministres d'Angleterre qui se sont succédés pendant cette longue période lui ont rendu cette justice. Quelques-uns, comme Sir Robert Peel, ne l'ont

pas aimée tout d'abord, mais tous ont fini par reconnaître sa remarquable intelligence, sa science étendue des affaires et du gouvernement, sa bonne vTolonté et son zèle pour le bien et pour la prospérité de son pa3's.

Ecoutez ce que disaient encore le 21 juin dans la Chambre des Communes et dans la Chambre des Lords les hommes les plus haut placés et les plus capables d'apprécier les mérites de leur souveraine.

Lord Salisbuiy, après avoir énuméré brièvement les progrès réalisés pondant son long règne disait :

" Toutes ces choses se sont accomplies durant le règne d'une princesse qui est montée sur le trône dans un âge très tendre, sans autre direction que sa propre sagesse, pendant la plus grande partie de sa vie ; et, malgré la grandeur des événements à travers lesquels nous avons passé, malgré les changements profonds qui se sont accomplis dans l'humanité et dans notre pays surtout, nous avons sous sa direction

traversé les temps les plus difficiles dans la prospérité et dans la paix. Aujourd'hui la nation est infiniment plus puissante, plus unie, plus riche, et par dessus tout ■elle est unanime dans son amour et son admiration pour la souveraine sous les auspices de Inquelle s'est accompli notre vaste développement national.

" Quand j'étais jeune, c'était la mode de regarder comme purement nominale la souveraineté de Sa Majesté, et de considérer comme fictive la part qu'elle prend dans les affai es publiques. Nous pensons différemment aujourd'hui, et un grand nombre de ceux auxquels je m'adresse se joindraient volontiers à moi pour dire que décrire ainsi le jeu de nos institutions témoignerait d'une ignorance complète de leur mode d'action. Les pouvoirs du souverain sont grands, et ses responsabilités sont énormes. Si donc son règne a été une période de triomphes, et si nous sommes arrivés au sommet de la grandeur, nous le -devons en grande partie à l'esprit si bien

pondéré et à l'influence modératrice de notre reine de qui tout pouvoir procède.

" C'est donc un devoir pour nous, dans cette solennelle circonstance, de lui exprimer notre profonde reconnaissance pour les faveurs dont nous avons été gratifiés dans cet âge critique du monde, et de prier le ciel de se servir de la même main aussi longtemps que possible pour répandre ses bienfaits sur son peuple reconnaissant et loyal . . . . "

Lord Kimberley voulut joindre son éloge à celai que le premier ministre venait de prononcer, et nous en reproduisons quelques paroles : " Nous n'avons jamais eu un souverain qui ait régné aussi longtemps qu'elle, et qui n'ait jamais comme elle perdu pour un seul instant l'affection de son peuple ? Nous n'avons jamais eu un souverain qui ait été respecté comme elle par tous les partis, et qui se soit montré envers tous d'une aussi parfaite impartialité. Nous n'avons jamais eu un souverain qui ait su conseiller ses ministres avec autant de sagesse et de prudence . . . ."

Dans la Chambre des Communes les discours des chefs furent plus éloquents peut-être, et non moins élogieux :

" Nul souverain, disait M. Balfour, le leader de la Chambre, n'a jamais inspiré au cœur de ses sujets de si ardents sentiments de dévouement, d'affection et de loyauté. Si nous voyons aujourd'hui dans cette vaste métropole de si nombreux représentants de tous les pays, réunis dans l'unanimité de leurs hommages autour de Notre Souveraine, soyons sûrs que ce n'est pas une abstraction qui a pu concentrer de pareils sentiments, mais un être personnel dont l'excellence a été reconnue. S'il est vrai que le règne de Sa Majesté a été d'une longueur sans précédent, il est aussi vrai qu'il a été d'une prospérité sans exemple . . . Et si l'on demande quelles sont les vertus que cette grande démonstration a pour but d'honorer, et quels sont les titres de la Souveraine à un pareil témoignage d'amour national, la réponse sera facile. C'est qu'elle a parfaitement compris la tâche dé-

licate et difficile d'un souverain constitutionnel, et que durant son long règne elle a su adapter la constitution, sans choc et sans friction, aux vues diverses de cette vaste fédérât on de peuples C'est que pendant sa longue et heureuse carrière elle n'a toujours été guidée que par le sentiment du devoir. C'est qu'elle a été dans sa vie publique un modèle pour tous les souverains, <;t dans sa vie privée un exemple pour tous les citoyens "

Le chef de l'opposition, sir W. Harcourt, disait de son côté : " Dans le développement mémorable de notre race et de notre Empire, c'est la même figure qui pendant deux générations d'hommes a représenté aux yeux du monde entier le peuple britannique avec une noble simplicité, et une grandeur que l'on ne connaissait pas auparavant, et dont ce pays gardera le souvenir ! On a demandé quelque part quel a été pendant cette longue période le rôle de notre Souveraine : Elle a été le nœud suprême qui a lié ensemble les classes et les

races diverses de ce vaste Empire, et en a fait un tout unique. Elle les a rassemblées autour de !-on trône dans une affection toujours grandissante .... C'est le trait caractéristique de son règne que nous pourrions appeler un règne sympathique.

Elle a conquis le cœur de la nation, et c'est ce cœur, encore plus que notre orgueil, qui manifeste aujourd'hui ses sentiments. Le peuple a senti qu'elle s'associait à ses joies et à ses douleurs, et il n'a jamais compté en vain sur ses sympathies dans les jours

d'épreuves Tous ceux qui l'ont servi

à quelque titre que ce soit chériront toujours le souvenir de sa gracieuse bienveillance, de sa justice, de son expérience, et de sa fidélité constitutionnelle. Sa vie publique et sa vie privée ont été pleines de leçons pour tous dans toutes les situations de la vie. La première par le rang, elle a été la première par la vertu, et à la puissance du trône elle a ajouté la dignité

Dans les éloges dont le Jubilé de 8a

Majesté a été l'occasion, la presse française a rivalisé avec la presse anglaise.

Le Gaulois a dit : " La reine Victoria est le modèle de tous les souverains, de toutes les femmes, de toutes les veuves, de toutes les mères. On peut la désigner en deux mots : la vertu couronnée. Les longs règnes finissent ordinairement dans l'affliction. Charlemagne pleura à la vue des vaisseaux Normands. Charles-Quint se renferma dans un cloître, et y lit célébrer ses propres funérailles. Louis XIV dit à Villeroy : Monsieur le Maréchal, on n'est plus heureux à notre âge. Mais il n'y a rien de semblable dans le sort de Sa Majesté britannique. Son règne qui a duré soixante ans a retrouvé la fontaine de Jouvence. Sa popularité s'accroît toujours.

Elle et son peuple ne font qu'un. "

M. Imbert de Saint-Arnaud, l'auteur de cet article, conclut en disant :

" Toutes les classes de la société française, sans distinction de parti ni d'origine, s inclineront devant cette Reine qui a été

la plus grande figure de femme de ce siècle, devant cette héroine du devoir, qui est, non seulement pour ses enfants mais pour tout son peuple, la plus dévouée la plus intelligente et la meilleure des mères. ..." Dans le Matin, M. Cornély terminait son article en disant : " La génération actuelle devancera la postérité dans son jugement, et de ce jour elle appellera la reine d'Angleterre : Victoria la Grande ! "

A tous ces magnifiques éloges, qui sont sans restriction, je ne me permettrai d'ajouter qu'un mot.

Le règne glorieux de Sa Majesté nous parait offrir une grande leçon, et un grand exemple aux peuples de race latine. Il leur enseigne que toutes les réformes sont possibles sans révolutions. En effet, que de réformes sociales, politiques, financières et commerciales ont été réalisées en Angleterre depuis soixante ans ! Q le d'améliorations, et que de progrès dans la condition du peup'e ! Que de conquêtes faites dans le champ des droits populaires et des

libertés légitimes, surtout de la liberté religieuse !

Or il est incontestable que le poids de l'influence royale a été très grand dans l'accomplissement de toutes les réformes, qui avaient pour objet le bien-être du peuple, la paix publique, la liberté religieuse et l'ordre social. Les gouvernements passaient, les ministres se succédaient, mais la grande reine demeurait, comme douée d'immortalité, acquérant tous les jours une plus large expérience des affaires politiques, une connaissance plus profonde des besoins de son peuple et de son époque, nouant chaque année des relations nouvelles avec les souverains et les chefs d'Etat de tous les pays du monde, et mettant tous ses moyens d'action à l'intérieur et au dehors au service de son zèle pour la prospérité de ses sujets, et pour l'agrandissement pacifique de sa patrie

Voilà pourquoi on ne saurait refuser justement à notre Souveraine une très large part de mérite personnel dans la grandeur et la gloire de son règne.

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