‹ Le Remembrement de la Propriété Foncière en LorraineChapitre 42 sur 54 · IT. — ADAPTATION DE LA PRODUCTION A LA CONSOMMATION · texte numérisé non relu

IT. — ADAPTATION DE LA PRODUCTION A LA CONSOMMATION

Extrait du Journal de la Société de Statistique de Paris, janvier 1036, p. 4 (28): « Il est admis par tous les économistes qu’on peut toujours rattacher le début des variations de cours des marchandises au jeu de la grande loi naturelle de l'offre et de la demande; les prix sont conséquences des variations relatives de la production et de la consommation. La valeur absolue d'une marchandise monte lorsqu'on en offre moins que la consommation n’en demande; cette même valeur absolue diminue lorsque l’offre est supérieure à la demande.

Chercher à étudier le problème du blé, cela semble donc tout simplement se ramener à établir avec le plus grand soin les mouvements relatifs de la production et de la consommation que rendent apparents la comparaison de statistiques correctement établies. Ces mouvements étant connus, la production s’orientera naturellement où sous l’impulsion officielle, vers son niveau optimum, ce niveau devant être à la fois celui auquel correspondent des prix rémunérateurs pour le producteur et acceptables pour le consommateur ».

(28) Article de M. Proust: « Les statistiques officielles et privées du blé en France », au Journal de la Société de Statistique de Paris,

Par conséquent, selon M. PRoUST, la première étape à franchir pour aborder le problème du blé est l'élaboration de statistiques de production et de consommation.

$ III. — COMMENT LE REMEMBREMENT POURRAIT PERMETTRE L'ADAPTATION DE LA PRODUCTION A LA CONSOMMATION

Nous venons d'étudier l’évolution qui s’est produite au point de vue de la consommation du blé; le paysan doit s’astreindre à réduire sa production, c’est-à-dire à adapter l'offre de blé à la demande de pain: pour cela, il est nécessaire d'établir des statistiques de consommation et de production.

Nous avons à nous occuper uniquement des statistiques de production, les autres n’étant pas du domaine de notre étude.

Les statistiques de production de blé supposent connue l'étendue des surfaces emblavées; or, nous sommes en mesure d'affirmer qu'il est impossible à un agriculteur en pays morcelé, de connaître exactement les surfaces qu’il cultive. Nous en connaissons les raisons: c’est l’imprécision des limites et le trop grand nombre de parcelles résultant du morcellement excessif.

Nous ne pouvons mieux faire, pour expliquer cette situation, que reproduire le résultat d’une enquête prescrite en IQ9OI1 par la Direction générale des Contributions directes:

II existait en France en 1901:

(C...150.420.061 parcelles formant 61.746.120 îlots de propriétés dont:

— 19.360.071 (soit 31 %) étaient délimités par des bornes (bornage discontinu);

— 15.433.434 (soit 25 % ) étaient délimités par des murs, talus, haies, fossés, palissades (bornage continu) ;

— 26.943.615 (soit 44 %) étaient dépourvus de tout bornage.

L'étude de la répartition proportionnelle de la contenance totale des propriétés d’après le mode de bornage indiquait que 12,7 % des terrains de qualité supérieure et 34,8 % des terres labourables étaient dépourvus de tout bornage » (20).

On ne peut donc pas compter sur les renseignements fournis par l’agriculteur pour établir des statistiques exactes, mais si le remembrement était appliqué partout en France, l’estimation des surfaces emblavées serait très précise, car cette recherche est purement et simplement un problème d’arpentage, et après remembrement la difficulté serait éludée.

La statistique de production présenterait l’avantage d'éclairer les cultivateurs par des chiffres réels et ils comprendraient enfin, qu’il est nuisible pour eux de se lancer à grands frais dans la voie folle de la surproduction.

La statistique permettrait à l’agriculteur de ralentir la production et de la maintenir au niveau auquel

(20) Extrait du Journal de la Société de Statistique de Paris, p. 32, janvier 1036.

correspondent des prix rémunérateurs pour le producteur et acceptables pour le consommateur.

Le paysan comprendrait alors que son intérêt n’est pas de produire du blé dans les régions où le prix de revient en est trop élevé. La production de blé étant limitée à un certain niveau, le paysan pourrait essayer de tirer de son sol le meilleur parti possible en recourant pour cela à une plus grande variété de produits; la culture du blé serait réservée aux terres les plus fertiles; dans les autres, au contraire, on entreprendrait des productions de luxe s’adaptant mieux aux goûts raffinés du consommateur moderne.

Mais cette organisation rationnelle de la production n’est possible qu'après un remembrement du territoire, après une mise en état des terres cultivables selon une forme moderne et rationnelle, comme celle de la production.

Le système de culture que nous préconisons suppose en effet une certaine initiative de la part du paysan. Celui-ci choisira les cultures qui semblent s'adapter le mieux à ses terres, à ses convenances personnelles, et ces cultures varieront selon les agriculteurs; autrement dit, on assistera à une transformation de l’assolement triennal par la culture d'une plus grande variété de produits.

Maïs pour que cette initiative puisse jouer, il faut rendre au paysan la liberté de ses mouvements, il faut procéder au désenclavement de ses parcelles, il faut enfin réunir ses nombreuses pièces en quelques blocs, de façon à ce que la variété des cultures se

réalise sur une même parcelle et n’occasionne pas une perte de temps pour aller de l’une à l’autre.

Le problème du blé, tel qu’il se pose actuellement, pourrait donc, à notre avis, être en partie résolu à la suite d’un remembrement, à condition toutefois que ce remembrement fut appliqué partout: nous savons malheureusement qu’un tel espoir est chimérique, nous en donnerons les raisons dans notre conclusion.

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