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CHAPITRE III

Le Travail et la Dépense.

1. — Nos expériences duraient, en moyenne, de 4 à 7 heures. Pour réaliser un état de régime dans le travail, nos sujets pédalaient sur un monocycle ergométrique. La roue est embarrassée au moyen d’un ruban d’acier qui s’attache par une extrémité et porte, à l’autre, un poids tenseur P. L’adhérence qui se produit entre la roue et le ruban, pendant la marche, détermine le soulèvement de P.On mesure ce froitement 4 de la manière suivante :

Soit (P-p) pour la valeur de la tension en P.

Si, à la vitesse de n {ours par seconde, l'équilibre est réalisé en plaçant un poids + sur l’autre plateau, on aura :

Fig. 1 — Schéma du monocycle.

On connait une fois pour toutes la tension ; il suffira pour

PLancue IT. — Monocycle ergométrique, F3

chaque valeur de n, d'observer x à l'équilibre. Le travail sera :

2z%n R x % pour 1 seconde. Le travail journalier, de 4 secondes, sera : T —2xR:n.t. X 4.

Dans nos expériences, la tension fut de 4 kg. et puis de 1.200 gr.;,les vitesses de 90 coups de pédale par minute en général, mais dans l’étude de la vitesse elle-même, les sujets ont travaillé à 60, 70, 80, 90 et 100 coups de pédale (1).

Les rapports du frottement avec la vitesse ont été :

ÿ Coups de pédale par minute Vitesse par seconde Rte Mr 60 6 m. 70 260 gr. 340 70 te | 285 —- 340 80 " 9m. 93 300 — 370 - 90 10 m. 05 335 — 380 100 11 m. 16 360 — »

Trois coups de pédale correspondant à un parcours de 20 m. 10; le rayon de la roue est de 0 m. 32.

Le tableau précédent montre qu’en faisant varier la vitesse de régime de 6 m. 70 à 11 m. 16, le frottement, c’est-à-dire l’adhérence de la courroie, augmente.

Toutes les circonstances du travail se reflètent dans la dépense. Cest ainsi qu’en débutant nos hommes « remuaient » beaucoup et se fatiguaient plus tôt. Au bout de quelques jours, ils arrivaient à s’entraîner réellement et leur dépense s’abaissait; du reste, eux-mêmes reconnaissaient que «le travail n’était pas aussi pénible qu’à première vue».

{1} Ce dispositif présente un inconvénient : celui d'avoir un réglage astreiynant ét difficile. Il vaudrait mieux que le ruban s'attachât d'un côté à un dynamomètre fixe, et de l’autre portât le poids. Alors le réglage serait automatique. On connaît P ; il suffirait de lire la tension p. D'où P — p =

None

En principe, ils se « lançaient » à leur gré, et, la vitesse normale atteinte, la vitesse qu’ils s'étaient donnée, je les y maintenais. Le poids de la roue intervenait comme volant (35 kg.) pour borner les écarts de vitesse.

Nous avons photographié nosinstallations; on peut voir sur les planches Fet III que le monocycle était suspendu au plafond d’un couloir, ou à une poutre, et rendu immobile par des attaches solidement fixées au sol.

Dans cette étude, il ne sera tenu compte que du travail telqu’il vient d’être mesuré et de sa dépense. — Mais pour utiliser de nombreux sujets d'expériences qui réalisaient, en même temps, l'équilibre de nutrition, un seul monocycle ne suffisait plus. Aussi, plusieurs de ces hommes furent-ils employés à monter et descendre un escalier, en se chargeant d’un sac de poids variable;les conditions de ce travail seront indiquées au moment voulu.— Pour d’autres,le ravail con sista dans le transport d’un fardeau en marchant à une vitesse régulière ; il s’agissait de faire un certain nombre de fois Le tour d’un chemin de ronde, bien dallé, mesurant 60 m. 30; les relais avaient lieu tous les 10, 15 ou 20 tours, suivant la résistance de lindividu; ils duraient 1 ou 2 minutes.

Malgré leur nombre, ces derniers résultats n’ont d’impor lance qu'au point de vue industriel, car il sera toujoursintéressant de comparer ce travail journalier à la dépense qu’il nécessite.

À titre de pures indications,nous avons recherché les facteurs du travail qui, soit au monocycle, soit au transport vertical ou horizontal, — répondent à une dépense égale. De cette manière, on établit,un peu à l'exemple de CouLows, des coefficients de conversion qui pourraient exprimer en kilogrammètres le travail de la marche ou de la descente d’un escalier. Cela n’est encore, en l'espèce, qu’un renseignement

pratique; et nous avons hâte de spécifier qu’il ne constitue pas une donnée scientifique précise.

La moyenne de nos expériences est de 85, dont près de la moitié concernent le monocycle à frein.

Si nous avons adopté, pour tensions de la courroie,1.000 puis 1.200 gr., c'était uniquement pour accroître le travail sans prolonger trop sa durée ot pouvoir, ainsi, faire travailler deux hommes dans une même journée.La plupartoffraient, il faut le dire, une résistance supérieure à la moyenne qu'un effort plus énergique devait réduire assez rapidement.

Le travail élait continu. Dépassait-il 6 heures, il failait que, pendant le cours de l’expérience (de 5 à 8 jours), le travailleur le refit dans les mêmes conditions de temps, de vitesse et de traction, et, en général, aux mêmes heures. — La température de la pièceétait notée; elle restait constante, pratiquement, à cause des murs qui Pabritaient.

En été, la transpiration des sujets atteignait un tel point qu'ils se débarrassaient même de leur chemise, de leur bonnet rouge (chechia) et demandaient souvent à botre. Il est bon de signaler que l’étude des échanges respiratoires m’empêchait de faire droit à cette demande, mais jy donnais satisfaction lorsque, cherchant à ramener seulement l’équilibre de nutrition, je n'avais plus besoin de mesurer ces échanges. Ainsi, tel sujet a travaillé 3 jours de suite; son équilibre est réalisé, ses débits respiratoires évalués. Il importait peu, dès lors, que, les autres jours de travail, il prit sa boisson sans attendre la fin de l'expérience (1).

2. — Le calcul de la dépense a été effectué par deux procédés : par la Ration d’entretien,par la Consommation d'oxy- (1) Je n’aurais nullement rationné, en quelque sorte, l'eau sans les circons-

tances que j'ai mentionnées ; de fait le travailleur, dans sa vie normale, boit « quand il faut boire ».

He AYTUREE

gène. « J'admets, disait Boussin«aur en 1844, qu’un animal adulte, soumis à la ration d'entretien, rend, dans les différents produits résultant de l’action vitale, une quantité de matière précisément égale et semblable à celle qu’il perçoit par les aliments (1). » Dans ces circonstances, le poids du corps se conserve ; on a réalisé l’équilibre de nutrition ; mais le métabolisme a développé, aux dépens de la ration, une quantité d'énergie.

Au repos, toute cette énergie D’ est purement thermique (2). Toute celle, au contraire, que la ration de travail développe dans l'organisme se manifeste sous les formes mécanique et thermique sans augmentation ni diminution de sa valeur totale D. La conséquence de ces deux faits est que le supplément d'énergie, D—D',ou de ration évaluée en calories, était nécessité par le travail. On a ainsi les deux termes du rendement (3).

Les aliments sont donc analysés afin d'y déterminer les quantités de principes immédiats : albuminoïdes, graisses, hydrates de carbone. Or, les coefficients de digestibilité de ces principes sont respectivement 0,85, 0,90 et 0,97 pour un régime végétal (4). Et l'énergie utilisable dans

(1) BoussinGauzr. Economie rurale, t. II, p. 351, 1844.

(2) Les recherches classiques de Rübner (Zeitsch. für biol. Bd. XXX, 1849 pp. 135 et suiv}), les récentes vérifications d’Atwater (/. cit.) ne laissent aucun doute sur ce point de doctrine.

(3) Chauveau (la Vie et l'Energie chez l'animal, p. 30, 194) reproche à la méthode des rations d'entretien d'offrir « un type qui manque d'unité 4 c’est-à-dire d'offrir des résultats non comparables les uns aux autres et soumis aux changements de nature de l'alimentation. Or, cela même est un avantage pour l'étude des qualités des divers aliments, et quant aux résultats ils n’en sont pas moins comparables dans leur espèce. k

(4) Le, régime des différentes populations où nous avons choisi nos hommes est végétal; il l'est par économie autant que par habitude. Ce sont des pâtes, semoules, légumes verts ou secs, fruits et notamment de l'huile d'olive. La viande est un luxe, un aliment de la classe aisée. Le plat national que ne se refuse aucune chaumière est le Couscous, farine grossière roulée en pelits grumeaux et soumise à la vapeur d'un pot au feu qui la fait foisonner. Il est digne de remarque que les Arabes roulent cette farine au moyen de beurre légèrement rance appelé Dehn ou encore Smen je L’alimentalion végétale, suivant les résultats d’Atwater, admet les valeurs ther-

miques ci-après (£æperiments of the metabolism o * and ener AMOUE p ET, { f matter and energy.

ol —

les organes est encore une fraction +’ de celle qui est disponible dans la ration réduite déjà par le coefficient de digestibilité +. On admet que & est le méme au travail qu’au repos (1).

C’est en tenant compte des facteurs de réduction +’ qu’Arwa- TER Spécifia des valeurs de :

‘8 c.,88 8 c.,65 3 c.,68 pour 1 gr: d’hydrates de carbone, de graisses, d’albuminoïdes que contient la ration. Elles ont servi à nos calculs rassemblés plus loin.

Le second procédé a consisté à déterminer la quantité d'oxygène consommée au repos, et celle que nécessite une durée égale consacrée au travail. Il y aura un excès K en faveur de celui-ci, mesurable en litres, dont l'expression énergétique sera la suivante :

1 gr. de glucose brûle au moyen de 0/7. 746 d'oxygène (le volume étant ramené à 0° et 760).

1 gr. de érioléïne coûte 1 L., 963. Ce sera 1 !., 069 pour 4 gr. d’albumine (formule de Lieberkühn). Cela résulte des formules moléculaires :

CSH206 L 60? — 6C0? + 6H20.

180 gr. + 192 gr.

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