‹ Le renégatChapitre 104 sur 334 · LIVRE IV. ICJ · texte numérisé non relu

LIVRE IV. ICJ

même sentier ! que de souvenirs il lui rappelle ! . . . . La chapelle était peu éloignée du fort : déjà la princesse de Lutève est sous la voûte révérée.

De nombreux cierges^ allumés dans la nuit par des fidèles reconnaissans, en réjouissance de la prise de Ségorum, illuminent le sanctuaire. L'autel est décoré de fleurs. Récemment l'encens y fut brûlé : et pourtant l'église est déserte. Sous les parvis sacrés la fille de Théobert est seule. Elle avance. . . . Voilà le temple où dans son enfance elle adressa ses premiers vœux au Seigneur ! voilà le tableau qui charma ses premiers regards ! Hélas ! il représente le jeune descendant de Clovis dont elle fut l'épouse aux yeux de l'Éternel ! Voilà la statue du dernier roi^ de ce Thierri à la mémoire duquel elle a voué une sorte de culte!... Que d'images vénérées l'environnent! Ezilda se prosterne.... Ce lieu ne lui rappelle que des perles et des malheurs ^ et cependant

un religieux attendrissement jette en ses sens un charme indéfinissable. Sa rêverie est douce , mais vague ; sa pensée est pour ainsi dire interrompue. Au temps de l'innocence , la réflexion a des suspensions solennelles ; en ce calme passager ^ lame que n'égare plus l'imagination s'arrête entre le ciel et la terre ^ et là semble faire une pause .

La princesse a déposé contre l'autel le glaive et le bouclier sarrasins. Revenue à elle-même , elle rend grâces au Dieu des armées de son éclatante victoire; elle oublie les dangers qu'elle a courus, les maux qu'elle a soufferts ; et de favorables présages viennent porter la joie dans son cœur. Ah ! presque toujours à l'âge heureux de la jeunesse, un inconcevable enchantement pare l'avenir : le mystère de nos destinées s'offre à nous coloré par l'espoir et l'inexpérience. Rejetant le positif pour l'idéal, nous refusons de comprendre la vie; et le besoin inné du bonheur nous en tient lieu quelquefois.

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