LIVRE IV
Le chef des Sarrasins reconnaît l'héroïne d'Amalberge. Plus frappe' que jamais de son éblouissante beauté, non moins étonné de son calme héroïque : « — Ezilda !... » répète-t-il, et quelque pénible souvenir parait l'agiter vivement. {{ — Tu te nommes donc Ezilda 1»
Il croise ses bras sur sa poitrine, et la regarde fixement. « — Jeune fîlle ! reprend-il,
» tu es belle; on t'aime, sans doute Quel
» est donc celui qu'en ces murs , seule , et la » nuit , tu viens chercher ? — Celui qu'en tous » lieux on retrouve, qu'on ne cherche jamais » en vain , qui veille sur moi, l'Eternel. — » Et Clodomir !.... dit le Renégat contrai- » gnant son courroux et du ton le plus ironi- >; que, ce Clodomir que je viens de t'entendre » appeler! pourquoi lui adresser tes prières?... » Chrétienne î à l'arbitre suprême as-tu donné )) ce nouveau nom ? ou bien, de l'être que tu )) chéris, as-tu fait ta divinité?.... S'il en est )) ainsi , je te plains ; car semblable à tout autre
)) Dieu, ton Clodomir ne répond point, et me
» parait sourd à ta voix. »
Trop grande , trop sublime , et trop pure pour s'irriter d'un tel discours , Ezilda garde le silence j mais le regard d'indignation qu'elle a laissé tomber sur le chef musulman est la plus éloquente des réponses. Elle a relevé ses yeux vers le tableau placé près de l'autel ; c'est à des mânes augustes qu'elle s'adresse ; et l'expression de son visage révèle, au Renégat troublé , le Clodomir qu'elle invoquait.
(( — Se pourrait-il! s'écrie Agobar,tu
» pleurerais le fils des rois?.... » Son ^cent s'est adouci ; la teinte féroce répandue sur ses traits a totalement disparu. Un attendrissement involontaire a subjugué cette ame terrible. (( — Femme inconcevable ! a-t-il repris, » pour donner des regrets aussi touchans à la )) mémoire du prince français , je t'en conjure , » réponds-moi : de grâce, parle ! qui es-tu ?...
» — Qui je suis !... répond Ezilda ; je n'ai