LIVRE IV. 2o
» jamais caché mon nom , je ne m'abaisse » point à la feinte. Je suis la princesse des » Cévennes , et fus en des temps plus heu- » reux la fiancée de Clodomir. »
Agobai^ pousse un cri douloureux . Mille pensées diverses , toutes plus cruelles les unes que les autres, se succèdent tumultueusement en son ame ; et le bouleversement de ses traits peint le désordre de ses esprits.
« — Vous î s'écrie-t-il hors de lui-même , » vous la fille de Théobert ! la fiancée de » Clodomir !.... >j
Ses dents fortement serrées laissent à peine un passage à sa voix ; son œil est hagard ; sa respiration est coupée; et son front, avec violence , frappe une des colonnes du temple.
(( — D'où peuvent naître ces transports ? )) reprend la fille de Lutève, à votre tour i^é- » pondez-moi. Agobar ! parmi les chrétiens » quel nom portiez -vous autrefois? — Mal- » heureuse ! dit le Renégat , tremblez que je
2o4 LE RENÉGAT.
» ne vous l'apprenne ! — En quoi pourrait-il » m'eflTrayer? répond l'héroine. Entre nous » qu'est-il de commun ? Nous sommes étran- » gers l'un à l'autre. — Etrangers l'un à l'au- » tre ! répète le chef égaré saisissant la main )) d'Ezilda : non , nous ne le sommes point , » nous ne devions point l'être , nous ne le » serons jamais.
» — Grand Dieu ! quel accent ! quel délire! » dit la princesse alarmée cherchant à retirer » sa main d'entre les siennes ; guerrier mu- » sulman , laisse - moi î — Vous avez cessé )) d'être libre. — Prétendrais^tu me retenir ? » — Je le puis , et j'en ai le droit. — Qui te » l'a donné? — Votre père. A mon sort le /) votre est lié. . . , — C'en est trop , interrompt )) la vierge indignée, audacieux ennemi ! rap- » pelle-toi donc qui nous sommes. — Tu me » braves! s'écrie Agobar, un mot va me ven-
» ger de toi. Je suis — Achève. — Clo-
» domir.