LIVRE IV
» — Clodomii^ ! » répète Ézilda, et reculant avec horreur jusqu'aux marches de l'autel y « Renégat , qu'oses-tu me dire ! . . . . »
Agobar maîtrise ses transports ; et , calme , n'est que plus effrayant. L'effet qu'a produit sa fatale révélation ne l'e'tonne point ; et cependant son indomptable orgueil en est révolté. Sur ses traits est un dédain sauvage , c'est le défi du désespoir. En son regard est une ironie farouche, c'est un saixasme à la destinée.
« — Fiancée de Clodomir ! a-t-il repris , )) aux yeux du Créateur dont ici vous êtes » venue implorer l'assistance , et qui veille à » votre bonheur, vous êtes l'épouse d'Ago- » bar. »
Ezilda recouvre ses forces et toute l'énergie de son ame. « — Quel que soit l'homme à qui » mes destins soient liés , répond- elle , je me » soumettrai sans murmure à la volonté du » Seigneur. Le crime seul déshonore , et je )) conserve une ame pure. Que je monte vers
2o6 LE RENÉGAT.
» Clodomir , ou descende vers Agobar , je
)) n'en suis pas moins Ezilda.
)) Mais penses -tu que dans un guerrier » apostat j dans un conquérant sarrasin , sur )) quelques paroles insensées, je reconnaisse » Clodomir ? »
Agobar aussitôt jette son gantelet , tire un anneau d'or de son doigt , et le présentant à la princesse : «. — Ouvrez cette bague nuptiale, » lui dit-il , le nom du fils de Thierri , le vôtre )i et les armes de France font reconnaître » Clodomir. »
Ezilda prend l'anneau. Celui qu'elle reçut à l'autel ne l'a jamais quittée. Elle confi'onte les deux bagues. Exactement semblables , ils portent les mêmes armes, les mêmes dates, les mêmes noms.
(( — Te faut-il d'autres preuves ? poursuit » Agobar. Prends ce glaive , il a déjà frappé )) ta vue ; c'est l'épée royale de mon père , )) c'est le seul héritage de Clodomir... Jette