LIVRE IV
» les yeux sur ce tableau. Un javelot vint )) frapper à la poitrine le jeune descendant de )) Glovis. La blessure fut profonde ; l'em- » preinte en dut être ineffaçable : regarde le i) sein d'Agobar ! »
11 dit, se débarrasse de son manteau, entrouvre sa coite de mailles ; et, sur la poitrine du guerrier , la princesse aperçoit la cicatrice de Clodomir. Il ne lui reste plus aucun doute. Elle a reconnu cette même cicatrice que dans les jeux de son enfance l'he'ritier du trône français offrit souvent à ses regards.
Ézilda ne profère plus un mot. Pour la première fois de sa vie son cœur palpite avec violence , et son courage l'abandonne. Sur le glaive de Thierri qu'Agobar vient de lui remettre , et que sa main tremblante soulève , ses longues paupières baissées ont laissé tomber quelques larmes.
Qu'elle était belle en ce moment! Ce n'était plus l'amazone de la forteresse , triomphante
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inspirée des cieux ; c'était la vierge des montagnes , simple fille de la nature. Ses touchantes larmes , sa muette résignation , son éloquente douleur , sont parvenues, 6 nouveau prodige ! à toucher l'ame d'Agobar. Il s'approche d'elle ; son visage trahit son émotion. (( — Ézilda ! . . . » s'écrie-t-il , puis il s'interrompt.
Mais en son accent quelle expression! en ce seul mot que de paroles î en cet appel quel sentiment !...La princesse a reporté sur lui ses beaux yeux humides de larmes. Elle tressaille ; auprès d'elle en un instant Agobar a changé d'aspect. L'homme des extrêmes s'abandonne au charme enivrant qui le captive ; il la contemple avec admiration ; et sa mâle physionomie ne peint que tendres sentimens , n'exprime que pensées généreuses. Jamais gueri'ier plus majestueux , jamais mortel plus éclatant de beauté n'avait paru parmi les hommes. Quelque chose d'enchanteur s'échappait de sou regard , im irrésistible prestige environne en-
core le héros. La vierge laisse retomber sa tête sur son sein , lui rend son anneau d'alliance 5 pousse un profond soupir , et se tait.
« — Tu me hais, reprend Agobar d'une voix » étouffée. Tu dois me haïr; sans doute je l'ai )) mérité... Mais ne te crois pas liée au Re- » négat; non , Ézilda ; redeviens libre ! Clo- » domir te rend tes sermens. Reprends sa » bague et brise-^la !...
» — Jamais î dit l'héroïne attendrie : je » ne le veux , ni ne le dois. La mort seule » brisera nos nœuds. Te croyant descendu )) dans la tombe , j'ai fait vœu de n'être ici )) bas l'épouse d'aucun autre mortel. Tu ne » peux me rendre mes sermens , mais ici tu » peux davantage... Agobar, rends-moi Clo- » domir !
» — Jamais ! répète à son tour le guerrier. » Dans la carrière périlleuse où me jeta la » fatalité , j'ai marché à pas de géant ; reculer