LIVRE IV
» Oh î qu'il fut torturé ce cœur au fond du- » quel tu ne peux lire !... Hélas ! au début de >< la vie 5 comme toi je crus à la justice cé- » leste ; mais j'avançai en âge ; et sur cette terre » où je cherchais une équitable providence , je )) ne vis jamais que les succès de la perfidie » ou les victoires du hasard. Vertueux , j'y fus ;) une victime , et coupable un triomphateur.
» — Infortuné ! dit Ézilda. Ton Dieu t'en- » vova des épreuves , tu n'y vis que des injus- » tices : avais-tu le droit de sonder ses secrets » desseins ? La terre est-elle juge du ciel ! Tu ;> veux comprendre l'Éternel , homme , te » comprends-tu toi-même ! Lorsqu'il eût fallu » te soumettre, superbe, tu t'es révolté; et » passager de quelques jours sur un océan ora- » geux , toi-même as submergé ton vaisseau. » Ah 1 si ton ame...
)) — C'est assez ! interrompt le Renégat.
» C^est trop ! Ton langage m'irrite En
)) cette enceinte qui t'amène? — — Et toi-
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» même, dit la princesse, en ce temple que » viens-tu faire? — J'y venais, répond Agobar, » pour m'assurer s'il e'tait vrai qu'une Fran- » çaise téméraire avait osé par stratagème )) s'emparer du fort de Ségorum. Sous ce dé- » guisement et suivi de plusieurs Sarrasins
» j'y venais »
' Il s'arrête... il vient d'apercevoir à l'autel le glaive et le bouclier du commandant arabe. « — Quelle main, reprend-il avec véhémence, i) a déposé là cette armure î — Tu gardes le » silence , il suffit : maintenant tout est éclairci : » la femme audacieuse m'est connue. L'hé- » roïne de Ségorum, c'est toi ! ... Ce ne pouvait
» être que toi! Le nierais-tu? — Si
)) j'eusse trahi ma patrie , répond avec calme » Ézilda, si j'eusse abjuré mes devoirs, je » pourrais me cacher aux hommes , ei désa- » vouer mes actions ; mais me renier lâche- » ment , quand ma conduite est sans reproche , » et lorsqu'aux chrétiens que j'armai le ciel
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» accorde la victoire , tu ne peux l'attendre de » moi.
» — Le hasard , s'ëcrie le Renégat, m'a donc » servi au-delà de mes vœux. Mon ennemie » est en ma puissance. Je vais, je dois m'em- » parer d'elle.
» — L'oseras-tu ! dit l'inspirée.
» — Insensée I poursuit Agobar, pour avoir » soulevé quelques rebelles , tu te crois déjà )) la libératrice des Gaules. Tu t'es montrée » à la multitude ; le merveilleux a pris sur » elle son ascendant accoutumé ; ton fanatique » langage , ton mystique enthousiasme ont ') abusé des montagnards , ont égaré des cœurs » crédules j mais avec toi tombera le prestige : :•) de tes chrétiens victorieux je briserai le )) palladium.
» — De mes chrétiens victorieux, Dieu » seul est le palladium , répond avec énergie » la princesse. Chef superbe ! attaque-le ce » Dieu qui couvre les siens de son égide. De
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)) ce côte de la tombe il t'observe , mais c'est
» de l'autre qu'il t'attend.
» — Sarrasins ! crie Agobar furieux , cette » femme est notre ennemie : emparez-vous » d'elle à l'instant î ))
A ces mots , des obscures galeries de la chapelle s'élance une horde africaine en dehors
un bruit lointain se fait entendre : a — Sarra- )) sins ! les Français approchent , s'écrie l'hé- » roïne chrétienne : à vos pieds l'abîme est » ouvert. »
Elle a monté les marches de l'autel ; ses yeux brillent d'un éclat surnaturel. Appuyée contre la pierre sainte , et la main levée vers le ciel , elle semble , aux Musulmans intimidés , l'ange des derniers jugemens.
Les Maures s'arrêtent interdits à l'entrée du sanctuaire. L'admiration , l'effroi , la surprise ont enchaîné leurs mouvemens; leurs pieds paraissent attachés au marbre du saint parvis. c( — Une femme vous intimide! dit Agobar