LIVRE IV. 2î
» avec le sourire du dédain ; lâches ! exécutez )) mon ordre!... — Une femme vous le com- » mande ! interrompt la vierge des Gaules , » Dieu l'inspire, retirez-vous ! »
Ses paroles ont retend sous les voûtes de la chapelle comme un ëcho du firmament, comme une voix de l'Eternel. Le Renégat, pour la première fois , est désobéi par ses troupes. Pour rompre le charme qui les fascine , il ne lui reste qu'un moyen, s'emparer lui-même d'Ézilda.
Vers l'autel il se précipite... La fîUe de Théobert a pénétré ses desseins : saisissant le bouclier arabe offert à la patrone du temple , entre eux elle étend cette égide , et d'une voix solennelle s'écrie : « — Descendant de Clovis ! » arrête !»
Sur l'armure élincelante d'or du commandant de Ségorum , les nombreux flambeaux du sanctuaire ont concentré tous leurs rayons. Tel qu'un miroir ardent , tel qu'une armure
2i6 LE RENÉGAT,
enchantée , le bouclier lance des gerbes de lumière ; et le Renégat, devant lui , croit voir une cascade de feux. Déjà troublé par les discours d'Ezilda , égaré par les divers sentimens qui bouleversent son ame, désespéré de ses propres transports , aussi furieux contre luimême que contre l'héroïne , il se sent frappé d'un inconcevable vertige. Son sang gonfle ses veines , un éblouissement subit lui dérobe l'aspect d'Ezilda : tout tourbillonne autour de lui ; et s'il n'eut trouvé à s'appuyer contre une des colonnes du temple^ le chef sacrilège tombait au pied des autels.
Rompant un lugubre silence , une voix prononce ces mots : « — Musulmans î votre heure » a sonné. » A ces nouveaux accens d'Ezilda, les Maures se réveillent de leur stupeur. Ils jettent autour d'eux un regard effaré : de toutes parts ils sont cernés par les vainqueurs de Ségorum.
Ayant appris que la princesse de I^utève