LIVRE V
Les montagnards ont dételé ses coursiers : ils traînent avec orgueil et délire le char triomphal de la vierge. L'enthousiasme des vainqueurs se change en une sorte d'adoration fanatique. César, dominateur de l'Univers, se rendant au Capitole à travers les flots bruyans d'une population exaltée, entendit moins d'acclamations que la libératrice des Gaules montant le roc de Ségorum.
Fuyant les hommages éclatans qui l'environnent , la fille de Théobert s'est dérobée à tous les regards. Puis seule, selon sa promesse , elle retourne auprès de l'ami d'Agobar. Couché sur le lit des souffrances , Alaor reprenait par degrés ses forces. Sa blessure se refermait lentement; ses jours étaient hors de danger ; cependant abattu comme la fleur froide et languissante que le soleil n'échauffe plus , et qui se penche décolorée loin des rayons vivifians, Alaor, séparé d'Agobar, et
23i LE RENÉGAT.
se croyant à jamais prisonnier, semblait étranger à la vie , insensible aux douleurs physiques , hors de la nature animée.
La présence d'Ezilda pouvait seule apporter quelques consolations au frère d'armes d'Agobar. La voyant entrer , il soulève sa tête appesantie ^ et sourit ; mais son sourire est triste,et sur son visage pâle il a doucement glissé comme un rayon tremblant du flambeau des nuits sur la blanche statue d'un mausolée.
i( — Alaor , dit la princesse , votre blessure » est refermée. SoufTrez-vous moins ? — Plus » que jamais. J'ai recouvré le sentiment, je » puis réfléchir sur mon sort , et j'appelle
)) en vain Agobar Noble Gauloise , vous
» venez , dit-on , de remporter de nouveaux » succès : qu'est devenu l'homme des vic-
» toires ? — Ses Musulmans dit Ezilda. —
» Eh que me font ses Musulmans!... que me » fait le reste du monde ! l'illustre Agobar , » où est-il ?