LIVRE V
se remplissent de larmes. « — Vous l'avez
» sauvé! lui dit-il avec transport Angéli-
)) que iDeauté ! pourquoi d'affreux destins
» vous séparent-ils I Ah ! vous étiez digne « d'être à lui.
)) — Je lui ai promis votre liberté , dit la )) princesse eu terminant son récit ; et lors- » que vous pourrez quitter cette forteresse , » moi-même je briserai vos fers.
» — Cher Agobar ! s'écrie avec enthou- » siasme le guerrier^ au sein des plus affreux » périls , au bord même des précipices , tu » pensais à ton frère d'armes !... tu redeman- )) dais ton ami ! . . . »
L'excès de la joie et de la reconnaissance étouffe quelques instans sa voix ; cependant l'émotion violente qu'il vient d'éprouver , loin de lui devenir fatale , lui a rendu de nouvelles forces. « — Auguste princesse , » poursuit-il , ah ! sans doute au fond de » votre ame une secrète horreur s'attache au
» nom de renégat ; mais du moins avant de » condamner entièrement un héros vaillant » et magnanime qu'ont accablé des malheurs » sans exemple , écoutez l'histoire de sa vie : » puis quand vous m'aurez entendu , jugez » vous-même Clodomir ; et prononcez sur » A goba r ! »
11 dit ; la princesse de Lutève accède avec empressement à son désir. Alaorse recueille un moment , rassemble ses souvenirs , retrouve une énergie nouvelle , et prend la parole en ces termes.
« Thierri III régnait ; et la France , considérablement agrandie par les victoires et les conquêtes de Charles Martel , maire du palais, jouissait d'une paix profonde. Aimé de ses sujetSj le monarque se félicitait de la prospérité publique, lorsque les Lingones (i) soulevés le for-
(i) Les Bourguignons.