LIVRE V
cent à de nouvelles guerres. Lui-même eût voulu marcher contre les rebelles ; mais affaibli par son grand âge et par de longues maladies, il ne peut suivre son désir : et confiant au vaillant Charles Martel le commandemant de ses armées , il demeure en sa capitale.
» Des rives de la Sëquana (i) Charles a marché sur Dibio , ville peu éloignée du pays des Bibractes (2) où les insurgés ont établi leur camp. Avant son départ il avait placé, près du roi de France , son ami , son frère d'armes , Geoffroi, comte de Lutèce. Bienlôt après, vainqueur des peuples soulevés , il a poursuivi jusqu'à Lugdunum (5) ses ennemis épouvantés ,
)) Mais tandis que la gloire ne jette au-devant de Charles Martel que des palmes et des lauriers , le monarque français au pouvoir d'un
(1) La Seine.
(2) Le Nivernais.
(3) Lyon.
monstre ambitieux, périt empoisonné. Un matin Paris apprend avec horreur que son prince a cessé de vivre, et que l'infâme Geoffroi, secondé par des troupes perfides, s'est emparé des richesses de la couronne et de la puissance souveraine.
» Alors , non loin de sa capitale , la reine habitait un château de plaisance avec ses deux jeunes enfans, Clodomir, héritier du diadème, âgé de quinze ans, et la princesse Elfride à peine hors du berceau. Soudain l'affreuse nouvelle de la mort de Thierri parvient à son oreille. Quoique souffrante et pouvant à peine marcher, elle quitte sa retraite chérie ; n'écoutant que son désespoir, et ne pouvant croire à la perfidie de Geoffroi , elle vole précipitamment à Paris suivie de Clodomir, d'Elfride, et de quelques gardes fidèles.
» Couchée sur une litière royale elle avance
vers l'antique Lutèce Hélas ! le crime en
gardait les avenues ; l'épouse et la mère des
ix)is, le fils et l'héritier des Mérovingiens ne devaient plus rentrer dans le palais de Thierri. En un bois épais, l'auguste famille est attaquée par les barbares émissaires de Geoffroi. Les gardes de la reine cherchent en vain à la sauver, en vain lui font un rempart de leurs corps , ils succombent. ... et l'approche de la litière ne sera bientôt plus défendue que par des monceaux de cadavres.
» Sourd aux gémissemens de l'innocence , aux prières de la vertu, le destin impitoyable a prononcé l'arrêt de la veuve de Thierri. Un monstre s'approche d'elle ; il plonge en son sein un acier homicide : et le sang de la mère a rejailli sur les enfans.
)) Devant Clodomir éperdu, l'infâme assassin de la reine poignarde aussi la jeune Elfride. Le prince va lui-même être immolé, lorsque, posée sur la litière, une épée frappe ses regards, c'était celle de Thierri. Pour la première fois, il saisit un glaive; il frappe, et
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reffort d'un enfant est déjà l'exploit d'un héros. Clodomir a percé le cœur de l'exécrable meurtrier.
» Plusieurs guerriers dévoués combattaient encore. ... Le fer à la main , se joignant à eux , il ranime leur courage abattu. Le jour avait fui : les ombres couvrent la funeste plage où la reine a perdu la vie. Accablé par le nombre, Clodomir tombe percé de coups au milieu de ses défenseurs ; et les yeux de l'infortuné semblent se fermer pour toujours.
» Mais une mort obscure ne devait point être la sienne. Le ciel eut été compatissant s'il eût ainsi terminé ses malheurs. Le prince a rouvert sa paupièx^e. Étendu sur un lit de paille et de fougère , sous l'humble toit de l'indigence, il revient lentement à la vie. Pendant l'horrible combat, à la faveur des ombres, un soldat fidèle l'avait enlevé; et fuyant a travers les bois, l'avait soustrait au glaive des assassins.