LIVRE V
» Une cabane rustique au milieu des forêts est devenue le seul asile de l'héritier du trône de France. Geoffroi sans doute est à sa recherche. Désormais Clodomir, sous le nom d'Astolphe , cachant son rang et sa naissance , se dira l'enfant du soldat , le fils du gëne'reux Faldis. O vicissitudes de la fortune ! de toutes les dignités et de toutes les richesses de la terre, il ne reste au prince français, pour l'aider à supporter la vie , que le souvenir des grandeurs et la compassion d'un soldat.
w Tandis que le temps et des soins assidus commençaient à cicatriser les nombreuses blessures d'Astolphe, Geoffroi, comte de Paris, s'emparait du pouvoir suprême. 11 avait fait proclamer la mort de la reine et de ses deux enfans , sans daigner même expliquer la cause de leur fin tragique. Il avait fait rendre les derniers devoirs à la veuve de Thi^rri, et dans la tombe des rois avait fait placer le corps de
deux cnfaiis dont l'un figurait Clodomir. Déclarant ensuite la race des Mérovingiens éteinte, il s'était assis sur le trône (i).
» Paris et la France entière , trompés par l'usurpateur, ne doutaient point du trépas de Clodomir. Geoflfroi et quelques-uns de ses satellites savaient seuls que l'enfant royal existait encore. De tous cotés aussi de lâches émissaires cherchaient secrètement à découvrir la retraite du fils de France ; et le poignard menaçait à chaque instant l'illustre et malheureux proscrit.
» Au nord de la France , en une province éloignée , Faldis a conduit son auguste protégé. La famille du soldat habitait le village de
(i) Les historiens parlent peu de cette conspiration de Geoffroi , qui pourtant fut très-remarquable ; car non-seulement il s'empara du pouvoir, mais triompha quelques instans de Charles Martel, qu'il expulsa de Paris. (Voyez Daniel, Hist. de France; — Mabillon, rHe re diploma t. pag. 652 ; — Chronic. fontaneUense.)