LIVRE V
Polméran situé en une vallée des Ardennes ; c'est là que Clodomir ou plutôt Astolphe, parmi les pâtres des montagnes, cache son obscure existence, et se dérobe aux meurtriers. » Cependant , à la nouvelle des trahisons du comte GeofTroi , Charles Martel furieux quitte Lugdunum, et fait avancer ses troupes sur Paris ; mais les Lingones soudoyés par l'usurpateur se révoltent de nouveau. Les Bibractes , les ^î^duens (i) , les Sénonnes (2) se déclarent indépendans. Ces rebelles ferment tout passage à Charles Martel. Les routes sont coupées , les ponts sont détruits, d'éternels combats arrêtent le héros français , et GeofTroi gouverne à Lutèce.
» Pendant ces funestes époques de sang et de deuil , Astolphe au milieu des Ardennes ,
(1) Les Bourbonnais.
(2) Les Orléanais.
simple berger de Polméran , guidait les troupeaux du vallon, et coulait des jours , sinon fortunés , du moins paisibles. Les mois , les ans se succédaient sans rien changer à sa position. Faldis espérant sans cesse apprendre le retour de Charles Martel , la défaite et la mort de Geoffroi, entretenait dans l'ame du prince le noble orgueil de ses ancêtres , et l'espoir de recouvrer le sceptre. 11 lecartaitdes jeux champêtres; il lui montrait de loin le trône. Hélas! que ne lui faisait-il plutôt oublier ses droits et sa naissance!.... Les plaisirs naïfs et vrais d'une solitude riante eussent fait le bonheur d'Astolphe fils des pâtres ; mais ces mêmes plaisirs , ces félicités étaient comme défendus à Clodomir, héritier des rois. Ainsi parmi les humains un nom seul change une nature ; un mot commande une destinée ; un rang interdit un bonheur : le privilège impose au sentiment; et souvent d'après un seul titre doit se refaire tout un homme.