‹ Le renégatChapitre 129 sur 334 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

» Deux enfans coQiposaient la famille de Faldis, Anathilde et Tuiial. Turial adorait celui que l'on nommait son frère; et sachant quelle était sa naissance , il eût mille fois sacrifié pour lui son existence. Anathilde, simple comme l'églantine de la vallée, douce comme l'agneau de la prairie , pure comme les parfums de la montagne , ignorait les secrets de Clodomir. Celui qu'elle croyait un pâtre occupait toutes ses pensées ; et son cœur s'ouvrant à l'amour croyait ne s'ouvrir qu'à la vie.

» Au bord d'un ruisseau solitaire , Anathilde un soir s'assied auprès d'Astolphe. Son regard, peignant la douleur, demande grâce au jeune prince. Des larmes baignent ses beaux yeux ; ses traits , naturellement si calmes , expriment une violente agitation : elle veut parler, de longs sanglots coupent sa voix.

» Astolphe étonné l'interroge : « — Ana- » thilde ! ma douce amie ! pourquoi donc ce

» trouble et ceslarmes ?. . . — Ta douce amie î. . . » lui répond-elle , qu'aujourd'hui ce nom me » fait mal ! »

» Puis prenant sa main et la pressant contre son cœur : i< — Astolphe ! dit l'innocente » bergère , mon cher Astolphe ! je t'aimais... » ce pauvre cœur ! le sens-tu sous ta main ?. ..

» Oh ! comme il bat! Oh ! comme il

» souffre !

» — Anathilde ! que veux-tu dire ? — Ne )) le devines-tu pas ? je pleure.... Mon père, » ayant lu dans mon anap , vient de me réve'- » 1er à l'instant un secret fatal.... pour la >; pauvre fille des montagnes tu n'es plus , tu )) ne peux plus être Astolphe.... et moi je suis » toujours Anathilde. »

» Elle dit ; son amour non moins ingénu que profond ne sait ni feindre ni se taire. — (( On me défend de t'aimer , reprend-elle , » penses-tu que ce soit possible !... Que l'on » me défende de vivre , on le peut , je crois

» à la mort ; mais s'il faut vivre sans Astol- » phe , je ne saurais croire à la vie.

» — Pourquoi te défend-on de m'aimer ? » — Ils disent que le fils d'un souverain ne » peut être uni a. la fille d'un pâtre ; ils disent » que Clodomir est ëpoux d'Ézilda , de la » princesse des Cëvennes ; ils disent qu'une » chaîne sacrée , qu'une loi poli tique et sage . . . » — Eh , qu'importe ce qu'ils te disent ! in- » terrompt vivement Astolphe : en perdant » la grandeur suprême , je suis du moins » devenu libre; les liens du prince sont brises. » Ici 5 montagnard des Ardennes , je ne » connais de lois que celles de la nature , et » de chaînes que celles du cœur.

» — Tu m'aimes donc !. . . dit Anathilde avec )) transport ; ah ! que tu sois mon prince ! que » tu sois mon souverain ! tu ne peux être pour » moi plus qu'Astolphe. Que me fait Clodomir » et son trône! Astolphe est plus que toutes 0 les puissances humaines : sa présence est la

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» première des félicités , sou amour est la

» plus glorieuse des couronnes. »

» Le pâtre de Polméran essuie les pleurs de son amie : « — Anatliilde î je te le jure , » monarque ou berger , à toi jusqu'au tom- » beau ! »

» Toute entière à sa tendresse, Anathilde n'existe plus que pour Astolphe. En vain son père courroucé combat son ardente passion , rien ne saurait en triompher. Le fils de Thierri ne déguise point ses sentimens; il veut la nommer son épouse ; les remontrances du soldat perdent leur effet sur le prince. 11 doit l'existence à Faldis , et son amour pour la fille s'accroit de sa reconnaissance pour le père.

» Mais jusqu'au fond des Ardennes une importante nouvelle est parvenue. Charles Martel, arrivé devant Paris, a complètement battu les troupes de l'usurpateur. Entré vain-

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