LIVRE V. 25g
du couvent, demande au supérieur un entretien particulier ; et recourant à la charité ëvangëlique du pasteur des fidèles , s'adressant avec éloquence à l'ame d'un Français, se fiant à la noble générosité du ministre des cieux , il lui découvre les secrets et les malheurs de Clodomir , il lui livre l'auguste proscrit.
» L'abbé de Saint - Vandrille écoute avec attention le récit touchant de Turial ; mais sur son visage grave et sévère , aucune émotion ne s'est manifestée , nul attendrissement ne s'est peint ; il n'a répondu que ces mots : — « Soldat ! que ton ami soit transporté parmi » nos cénobites ; et , qu'il soit Clodomir ou » non , puisqu'il se réfugie dans la maison du » Seigneur , je réponds de son existence. » Toute la puissance de Charles Martel ne » saurait l'arracher de cet inviolable séjour. »
» Ces paroles sont rassurantes , et Turial cependant a frémi comme s'il venait d'entendre un arrêt de mort. Il voudrait exprimer
^6o LE RENÉGAIT.
sa reconnaissance , le rernercînient expire sur' ses lèvres. L'air glacial du prêtre , son regard inflexible, son langage impérieux anéantissent là confiance. L'ahbë de Saint - Vandrille , inaccessible à tout sentiment tendre , est aride jusque dans sa bienfaisance , rigoureux jusque dans sa charité. Un tel protecteur épouvante Turial. Il est tant de points de ressemblance entre l'homme insensible et l'homme cruel ! Tous deux sont inhumains. Un rapprochement est fait d'avance , une fraternité est presque établie , une alliance est déjà commencée entre celui dont la main ose tout , et celui dont le cœur ne sent rien.
;) Aslolphe est porté dans l'intérieur du cloître. La froide compassion l'accueille , et la déloyauté le surveille. Traité sans aucun égard , il passe pour un imposteur. Un ordre du supérieur l'a séparé de Turial. Vainement Astolphe l'appelle ; en vain il questionne ses