LIVRE V
saisi. Un délire frénétique a désordonné ses esprits. Ses membres sont brûlans comme le fer battu sous la forge. Dans chaque souffle des zéphyrs il entend des voix menaçantes. Ses muscles fortement contractés paraissent au moment de se rompre; et les fibres de son cerveau battant avec violence semblent résonner à son oreille comme un tintement sourd et lointain de quelque cloche funéraire.
)) Lorsque Thomme a vieilli dans les forfaits y il s'est identifié au mal, et sa conscience n'a plus de voix; mais au début de l'existence , à la suite d'un premier crime , que ses
remords sont déchirans! Ce sont en lui les
effroyables combats du prince des ténèbres disputant au ciel une proie ; au fond du cœur humain , c'est une lutte des enfers , c'est un aperçu de l'abîme.
» Enfin , à l'œil égaré du prince y les horribles visions du délire s'éloic^nent et s'évanouissent. Le vide , les ténèbres et le silence les
remplacent : il s'assoupit Tout-à-coup il
lui semble qu'un mouvement indépendant de sa volonté a changé ses membres de place : un sel aromatique a réveillé ses esprits. Une voix connue , une voix chérie a prononcé le nom d'Astolphe : le nuage qui couvrait sa vue s'entrouvre; et comme s'il apercevait le ciel et ses délices, il retrouve Turial et l'amitié.
(c — Mon frère! s'écrie-t-il, je suis un
» monstre , un assassin. Dis ! pourras - tu
» m'aimer encore? — Je ne connais de mons- » tre que Charles , répond le généreux Turial ; » malheureux prince , lève-toi ! ce n'est point » le sang innocent que ta main royale averse. »
)) Il dit ; un douloureux sourire a passé sur les lèvres d'Astolphe , non comme ime approbation tacite , mais comme un tourment adouci ; non comme un signe d'espérance , mais comme un effort de courage. Il se lève , et soutenu par l'amitié fidèle y il rentre découragé dans la vie.