LIVRE V
» Aussitôt quAstolplie eut ëte introduit au couvent de Saint- Vandrille , Turial eu avait e'të chassé. L'ordre lui ayant été' donné par le prieur de retourner sur-le-champ dans les Ardennes, il avait prévu les trahisons et pressenti le sort du prince ; mais loin d'abandonner son ami , sous divers déguisemens il n'avait cessé d'errer autour de l'abbaye ; pendant la cérémonie précédant les vœux sacrés , il était au fond de l'église caché parmi les assistans. Témoin du meurtre de l'abbé , il était parvenu à découvrir de quel coté Clodomir avait dirigé sa fuite ; et , après de longues recherches 5 il était arrivé jusqu'à lui.
)) Astolphe marche tristement auprès de Turial. Sa raison parfois se montre aliénée. Tantôt croyant voir devant lui le prieur assassiné 5 de la main il paraissait repousser avec horreur quelque figure menaçante ; tantôt arrachant son épée de son fourreau , il en
pyo LE RENÉGAT,
essuyait la lame comme si le sang en découlait encore. (( — Bientôt , lui disait son ami , » cherchant à donner un autre cours à ses » idées , nous retrouverons Anathilde , bien- » tôt nous reverrons Polméran. — Anathilde ! )) Polméran ! répétait l'infortuné , oui , ce » sont des noms enchanteurs , ce furent des » songes heureux : mais sont-ce de joyeux » souvenirs ? non : je me les rappelle , et je » pleure.
M — De ce côté sont les Ardennes , repre- )) nait Turial attendri ; là , sont les vertus et la » paix. — De ce côté s'élève Paris , répliquait )) Astolphe égaré ; là je vois la Seine... et du >i sang.
» — Astolphe ! ma sœur nous attend. — » Turial , qu'allons-nous lui répondre ? elle » nous redemandera son père. »
» Sous le manteau des pèlerins , sous les haillons de la misère , ils se dirigent vers les