LIVRE I
de la douzième heure. Bientôt au loin l'air paraît embrase : des tourbillons de flammes et de fumée se détachent de la ligne où la terre semble s'arrêter , et le ciel commencer. Du côte des CeVennes les hauteurs se couvrent de montagnards. Des femmes , des enfans , des vieillards , une population toute entière fuit égarée de rochers en rochers. Chassés de leurs demeures incendiées , poursuivis par le glaive des barbares , ces malheureux ne poussent qu'un seul cri , mais un cri d'horreur que Fécho des abîmes répète épouvanté comme s'il s'échappait des enfers. « Agobar ! Agobar ! » Sur la route tournante qui conduit au pontlevis , et que l'art sut percer à travers les masses de granit d'une montagne escarpée, des bataillons français s'avancent à la hâte : le désordre est dans leurs rangs et la terreur dans leurs âmes. Ils n'obéissent plus à leurs chefs ; leurs esprits sont comme égarés ; et tous , à la voix des chevaliers qui commandent en vain ,
ne répondent que par l'effroyable cri des montagnards fuyans : « y^gobar ! ^gobar ! » Sans doute les Sarrasins et le vainqueur odieux dont les montagnes et les vallées se repoussent le nom terrible , seront bientôt aussi aux portes de Lutève : le noir drapeau d'Agobar flottera peut-être sur ses murailles avant que l'aurore ait salué deux fois encore la blanche bannière d'Ezilda. Déjà le pont-levis retentit sous le poids des cohortes d'Ostalric. La princesse rassemble autour d'elle les chefs désespérés. K — Ma forteresse est à vous, leur » dit-elle. Occupée par des braves , elle est » imprenable. Ici le nom d'Agobar perd son » infernale puissance y je le prononce et ne » tremble point : héros ! se pourrait-il qu'une » femme put vous surpasser en courage !.... » Au sommet des tours de la citadelle l'éten- » dard des chrétiens s'élève; invincible, il y » demeurera fixe. Qu'il soit défendu par les » Francs , il sera protégé par les cieux ! »