‹ Le renégatChapitre 15 sur 334 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Elle dit y et sa voix éloquente a produit l'eflet accoutumé. Les chevaliers français ont retrouvé leur courage ; et , prêts à fléchir le genou devant l'auguste princesse , ils contemplent avec admiration l'étonnante beauté qui ne connaît point les alarmes, qui commande la confiance , et qui leur promet la victoire.

« - — Princesse! s'écrie Ostalric avec feu , )) saisissant un drapeau suspendu à l'un des >} trophées de la salle d'armes ^ et sur lequel )) s'oflrait une croix d'azur , que vos paroles » sacrées deviennent notre cri de guerre et la » devise de vos défenseurs !... »

Et, sous le signe révéré des chrétiens, à l'instant il trace ces mots : Défendu par les Francs , protégé par les deux. »

Fidèle au plan qu'elle s'est tracé ^ la vierge des Cévennes se sépare des guerriers auxquels elle a rendu l'espoir et la vaillance : avant le retour de l'aube , suivie d'une escorte peu

nombreuse , elle sort du manoir de ses ancêtres y et se rend à Sainte- Amalberge.

Tournant ses regards vers la demeure chérie de sa jeunesse : « Adieu, Lutève , adieu ! » s'écrie Ezilda presque malgré elle , et comme agitée par un sombre pressentiment... 11 lui semblait en ce moment qu'une épaisse nuée s'abaissait entre elle et le berceau de son enfance , et que le toit de ses pères allait disparaître à ses yeux et du présent et de l'avenir. Hélas! il est quelques êtres prédestinés qui ont l'instinct funeste des souffrances futures : ainsi doublement ils connaissent le malheur, et par l'attente des orages , et par les orages euxmêmes. Moins à plaindre est l'homme qui , comme tous ses semblables , né parmi les incertitudes et marchant parmi les infortunes , n'éprouve que l'inattendu.

Tandis que, montée sur son docile palefroi , la princesse s'abandonnait à ses tristes pensées , Lutève , au détour d'un rocher , se

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