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LIVRE V

Ardennes , et de la compassion publique reçoivent le pain de la charilë. Le descendant de Clovis , de hameaux en hameaux , de contre'e en contrée , se traîne inconnu , insulté , loin de son ingrate patrie. Les précieux diamans enrichissant le glaive de Thierri eussent pu procurer aux deux amis de l'or et des secours ; mais en montrant cette arme brillante, comment échapper aux soupçons î et en la dépouillant de ses riches armoiries , le fils des rois perdrait une des preuves de sa naissance. Astolphe aimerait mieux mourir , privé de subsistances , que de ravir un seul ornement au fer sacré , seul héritage de ses pères. Il en cache donc soigneusement la poignée ; et n'osant traverser les grandes villes , évitant les routes publiques , il voit s'écouler des semaines et des mois , avant d'avoir atteint les Ardennes.

» Enfin une longue chaîne de montagnes s'offre à la vue des pèlerins. En leur vive émo-

lion, semblables aux naufrages qui ^ échappant à la tempête ^ découvrent au loin le rivage j d'un mouvement sympathique ils se jettent dans les bras Tun de l'autre , et mêlent en silence leurs larmes.

(( — Voilà Polméran î )) s'écrie Turial après ce premier transport. Et lui montrant de loin quelques habitations au fond d'une vallée paisible : a Voilà Polméran ! voilà le bon- )) heur î — Y crois-tu ?... « répond Astolphe avec amertume.

i< — Ne reconnais-tu pas nos montagnes ?.i )) reprend le fils de Faldis avec joie. — Mon )) frère ! dit tristement Astolphe , tiens ! pose » ta main sur mon cœur , je ne le sens point j) battre... mais frémir. »

)i Turial ne l'écoute point : il l'entraînait à pas précipités, lorsque Astolphe le retenant avec force : a — Jure-moi y lui dit-il , jure^ )) moi que si ta sœur m'a été fidèle , que si » ta sœ'ur est encore là , tu me la donneras

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