LIVRE V
î) pour épouse , et que jamais au ])erger As- » lolplie tu ne parleras du prince Clodomir, » — Commande î et je t'obéirai : répond le » dévoué Turial. —• Puis-je dont: encore être » heureux L — » interrompt Astolphe , avec l'accent du doute et de l'espérance.
» Et pour la première fois depuis le meurtre du prieur, son œil s'est levé vers le ciel, comme essayant un rapprochement.
» En ce moment les faibles sons d'une flûte lointaine portent jusqu'aux deux amis des soupirs vagues et plaintifs. Un pâtre , au revers de la montagne , chante d'une voix monotone un lai d'amour et d'infortune dont le refrain ne se compose que d'un mot tristement répété : Jamais! jamais! Tout paraît prophétique au malheureux : la douleur est superstitieuse. (( —-L'entends-tu ? s'écrie Astolphe. Je te par- » lais d'épouse et de bonheur, voilà la ré- » ponse : Jamais ! »
)) Le fils de Faldis s'est troublé. Il veut re-
prendre sa course du côté du vallon. — (( Arrête encore ! dit le prince dune voix )) sombre. Regarde autour de nous : une ar- » mée a passé sur ces roules : ces champs » ont été ravagés : des troupes ont campé dans » cette plaine : Charles Martel , qui , nous a- » t-on dit , a marché contre les Frisons , » aura traversé les Ardennes. Vois de ce » côté... sous la hache ont tombé les bosquets » fleuris de Polméran ; ces gazons sont des- » séchés ; ces maisons paraissent désertes ; » ces ruisseaux ne coulent plus ; ces terres » et ces coteaux sont sans moissons et sans )) culture. O Turial! Charles Martel en son » passage a porté la désolation dans nos mon- » tagnes comme il a dévasté le sentier de » ma vie.
» — Mon frère! interrompt Turial dé- » sole, toujours de sinistres images! toujours » de noirs pressentimens! Viens, calme tes » sens agités. D'ici je vois la maison paternelle :