LIVRE V
» sous le vieux cliéiie une femme est assise... » peut-être est-ce Anathilde î Son cœur nous » appelle, suis-moi. Chaque vie a son époque » de malheur , Astolphe , la nôtre est passée. »
» Il dit, et s'est fait écouter. Les deux amis hâtent leurs pas. Non, le toit paternel n'est point désert. Bientôt ils distingueront les traits de celle qui devant la porte de la chaumière a la tête tournée vers eux.
« — C'est elle! ce ne peut être qu'elle ! » répétait le fils de Faldis. Le prince sent ses genous fléchir. Il ne peut avancer, il tremble devant la joie comme devant un redoutable inconnu. Il s'arrête à lapproche de la félicité comme à l'aspect d'un ennemi.
)) Turial le devance ; il est dans la cabane de ses pères — Hélasî les pressentimens d' Astolphe n'étaient point trompeurs : Anathilde n'est plus à Polméran. Le jeune soldat n'est accueilli sous le toit natal que par 1 amie à laquelle Faldis en partant avait confié sa fille.
H apprend que l'arme'e française a fait halle en cette vallée , que la beauté de sa sœur a frappé la vue du conquérant , et qu'épris d'Anathilde, Charles l'a ravie à sa famille.
» Turial est auprès d'Astolphe. 11 cherche à atténuer la violence du coup que lui porte l'affreuse nouvelle. « — Je reconnais la des- )) tinée , dit le prince sans témoigner aucune » émotion. Anathilde est perdue pour nous , » je m'y attendais. L'attente du bonheur , » le doute et l'incertitude étaient tout à l'heure » d'épouvantables angoisses qui déchiraient » mon ame ; maintenant je n'ai plus rien à )) redouter, me voici tranquille. Sans espérance et sans avenir, je rentre dans mon )) état habituel; je suis content. »
» Effrayé du calme horrible de cette réponse à la fois brûlante et froide : (c — O » mon frère! — dit le soldat. — Ton frère! » poursuit l'insensé, oui je le suis, tu as rai^-