‹ Le renégatChapitre 144 sur 334 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

» sou : nos pareils ont eu le même sort ; nos » infortunes sont les mêmes; et nous sommes

» tous deux orphelins Te rappelles-tu le

?) passé ? Ma mère fut poignardée devant moi, » ton père fut égorgé sous mes yeux »

» Il s'interrompt : puis avec un rire bizarre , sèchement et d'un ton railleur : « — Si tou- » jours dans ma destinée les événemens mar- » chent ainsi ; puisque j'ai vu mourir ma » sœur 5 je dois voir expirer la tienne.

» — Astolphe ! reviens à toi , crie Turial » au désespoir. Nous retrouverons Anathilde. .0 Le Dieu juste... »

» A ces mots un mélange de joie satanique, de démence stupide et d'ironique fureur décompose le visage du prince. « — Le

» Dieu juste! répète-t-il, le Dieu juste

» ne se dément point. Il a surpassé mon at-^ » tente. Avec quel art il tisse les calamités! » En se riant de la création , comme il se joue >) de ses victimes! une par une il les déchire.

» Si tout-a-coup il incendiait , il dévorait , il » bouleversait toutes les masses animées qu'in- » venla sa férocité sublime ^ sans doute la » scène serait belle ; mais le spectacle serait » trop court. Torturer en détail est son immor- » telle pensée, c'est le plaisir de son éternité. »

M A ces effroyables paroles, Turial recule avec horreur ; une lueur de malédiction , tombée sur le blasphémateur , paraissait éclairer ses traits, que défigurait la rage. De même qu'il rejette la Providence , il semble rejeté par elle.

» Se rapprochant de son ami : « — Je sais en » quelle province Charles a conduit sa cap- » tive , reprend le fils de Faldis , ne pourrions- » nous la délivrer? Saisis ton glaive , suis ton » frère, et que la vengeance nous guide ! — » La vengeance !... répond Astolphe, en quels » lieux est Charles .^ Partons ! »

)) L'amant d'Analhilde a recouvré toute sa

Page 1