‹ Le renégatChapitre 148 sur 334 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

lance vers elle ; et ce n'est plus qu'avec les gouffres de l'Océan que l'infortuné va se débattre.

» Habitue dès l'enfance, comme les antiques lîis de la Gaule, à se jouer avec les flots, à lutter contre les courans , Astolplie a bientôt fui le rivage , et glisse sur l'Ocëan tel que i'errant oiseau des tempêtes lorsqu'il confie sa famille aux vagues. Porté par les eaux, non loin un vêtement blanc se détache du sombre bleu de la plaine liquide , et flotte à la surface de l'onde ; Astolphe se dirige vers cet objet qui tantôt s'offre à lui , et tantôt disparait. Il l'atteint , et parvient à le saisir au moment où le gouffre des mers allait à jamais ensevelir sa proie.

» Le fils de Thierri , de la main qui tenait encore l'épée royale , soutient le corps de son amante : de l'autre il s'essaie à regagner la rive où peut-être cependant ses ennemis l'atten-

dent , où peut-être une autre mort lui est préparée. Vains efforts ! les vagues obstinées le repoussent en pleine mer. Un vent rapide s'est élevé ; le malheureux est violemment emporté loin de la côte. Ses forces commencent à lui manquer. Le fardeau qu'il soulève échappe de son bras défaillant ; le couple infortuné va péinr.

)) O secours inespéré ! une espèce de radeau formé de pièces de bois serrées les unes contre les autres , débris flottant de quelque naufrage, se présente aux regards d'Astolphe. Un coup de vent vient de pousser jusqu'à lui cette construction abandonnée. Le prince a pu la saisir. Un reste de vigueur a ranimé ses membres. 11 dépose son amante sur le radeau sauveur, et bientôt s'y repose lui-même.

» Le vent s'est apaisé , la mer est tranquille , mais l'embarcation presque immobile ne vogue point vers le rivage. Astolphe examine

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