‹ Le renégatChapitre 149 sur 334 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

son radeau : tout porte à croire qu'il fut construit à la hàte^ bien qu'il paraisse assez solide. Sa longueur est considérable. Des planches clouées sur un amas de vergues lui forment un parquet. Il a de faibles rebords et une rampe environnante. Un petit mât s'élève au milieu , mais sans voiles et sans cordages. Peut-être cette charpente grossièrement assemblée a-t-elle vu périr les malheureux qu'elle a portés.

» Le prince tient Anathilde entre ses bras; il la réchauffe contre son sein; il a senti battre son cœur. La fille de Faldis rouvre les yeux. . . sa poitrine oppressée s'est dégagée de l'eau funeste qui l'étouffait. Elle a reconnu son ami. Un l'ayon d'espérance et de joie luit encore pour les amans.

» Portés sur le gouffre des mers, ils n'y voient qu'un abri sauveur. Quand tout leur parle de la mort, ils ne se parlent que d'amour;

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et sans leurs affreux souvenirs, ils se croiraient

arrives au bonheur.

h Mais le bonheur est loin d'Astolphe. . . La soirée était sombre. L'atmosphère était lourd et étouffant. L'alcyon courant avec rapidité entre les vagues présageait une prochaine tempête. Des nuages épais élevés du midi s'avançaient pesamment sur les cieux dont l'azur s'offrait terne et plombé comme le regard d'un mourant. Une lueur blafarde éclairait seule les mers et le firmament. Pas un vent propice, pas une haleine salutaire. Le vaste champ des airs, tel qu'un juge implacable méditant une sentence fatale, gardait un silence profond , avant-coureur de l'anathèmci

)) Au fracas lointain du tonnerre la destruction s'avance à pas démesurés. L'ouragan mugit; il se déchaîne. Des montagnes d'eau s'élèvent , et roulent confusément çà et là leurs flancs noirs et leurs sommets écumans»

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