LIVRE V
» Anathilde jette un cri perçant. Le blasphème du prince , parti du milieu des horreurs de la dévastation , lui parait le dernier coup de l'infortune , la première atteinte des malédictions. Le visage d'Astolphe resplendit à la lueur des éclairs d'une infernale clarté. Ouvertement révolté contre le Créateur, c'est l'esprit des éternelles douleurs aux rives de l'étang de feu ; c'est la réprobation elle-même. » Du sein des désolations la voix plaintive de l'innocence a fait entendre ces paroles : « — Mon frère , mon bien-aimé , Dieu nous » a réunis , et tu blasphèmes !... Dieu peut » encore nous sauver , et tu le renies !... »
» Elle dit ; couverte par une lame d'eau , l'infortunée ne peut poursuivre. Au fond d'un immense gouffre le radeau descend précipité. « — Dieu y dis-tu , nous a réunis , s'écrie le » prince avec une énergie surhumaine : tu >) crois donc qu'il veut notre hj^men ; eh bien » que son désir soit rempli !.... Fille du mal-
» heur ! fiancée du désespoir ! sous les ton- » nerres , sur les abîmes , livre-moi ta main ^ » je t'épouse. »
» Puis 5 debout contre le mât du radeau qu'il serre d'un bras vigoureux , saisissant son amante avec un égarement mêlé de tendresse et de férocité: u — -Oui^ je t'épouse , reprend- » il. L'orage dans toute sa puissance destruc- » live est le prêtre qui reçoit nos sermens. » Ce ciel livide et sillonné est le dais couron- >» nant l'amour. Les foudres de la nue sont » les cierges éclairant le temple. ... Anathilde ! » le dernier cri de la nature expirante sera la )f bénédiction de l'hymen , et le précipice des )) mers sera la couche nuptiale. »
» Anathilde ne l'entend plus. L'horreur a glacé tout son être. Sa tête est tombée sur l'épaule d'Astolphe ; et toute pensée l'abandonne.
» Un violent coup de tonnerre déchire les nuées. Il semble , entrouvrant les cieux ,