‹ Le renégatChapitre 161 sur 334 · LIVRE V. , 3ii · texte numérisé non relu

LIVRE V. , 3ii

Gaule narbonnaise , et toute la France méridionale. En vain des citadelles imprenables, des troupes invincibles , des obstacles insurmontables furent opposes au conquérant; le fer et la flamme à la main , partout Agobar , aux yeux de l'Europe épouvantée , planta l'étendard du croissant.

» Agobar au commencement de la guerre avait combattu sous les ordres d'Athime ; mais le nom du héros européen eut bientôt effacé celui du soldat de l'Afrique. La jalousie et la fureur s'emparèrent d'Athime ; les deux guerriers ne purent s'entendre , et moins encore agir de concert. Abdérame rappela l'envieux Maure à sa cour , et le seul Agobar resta chef de l'armée entière. Puisse un jour le perfide Athime ne point trouver l'occasion de perdre son heureux rival , et d'exercer sur lui sa vengeance !

3i9. LE RENÉGAT.

)) Moi-même je fus la cause innocente de leurs premières dissensions. Agobar revenait en Ibérie charge de lauriers et de couronnes : il traversait un hameau des Cel libères (i). Là, mon père , arrête par ordre d'Athime comme ayant tenu d'outrageans discours contre les Africains , marchait au supplice entouré de sa famille. « — Quel est le crime de cet homme? » demande Agobar aux bourreaux. A la réponse qui lui est faite : « — Qu'on suspende ); l'exécution ! dit-il , j'obtiendrai sa grâce du » calife. »

» Aussitôt je fends la foule et tombe aux genoux du guerrier libérateur. Depuis l'âge de raison je n'avais ouï parler que des triomphes d'Agobar, et je soupirais après l'heureux jour oii mes yeux pourraient contempler l'homme qu'on surnommait l'invincible : à ses pieds, n'osant lui parler, en mon brûlant enthou-

(i) Peuples de l'Aragon.

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