‹ Le renégatChapitre 167 sur 334 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

ques esprits de ce globe , malheureux de leur sublimité, tourmentés de leur prééminence, sont comme des astres embrasés qui sur euxmêmes replient leurs flammes. Souvent, tandis que leur éclat éblouit la terre , ils dévastent leur propre sein, ils tombent sillonnés par eux-mêmes.

Plus pensive et plus tourmentée que jamais , la vierge des Cévennes environnée d'honneurs et de gloire, ne marche que le front abattu , et ne sourit que rarement. Derrière chacune de ses pensées se place le nom d'Agobar. Un grand projet que mûrit son ame l'occupe et la nuit et le jour. En vain les fêtes, les jeux, les acclamations la poursuivent : inattentive, à peine les remarquet-elle. Le peuple étonné, se livrant à la joie, ne peut comprendre l'héroïne. De ses succès , de son bonheur , il paraît plus heureux qu'ellemême. Il ignore que les seuls ici bas qui sa-

4 LE RKM-GAT.

vent pleinement jouir de tous les plaisirs de la vie, sont ceux qui passent dépourvus de cœur et vides d'imagination.

Une importante nouvelle est arrivée au fort de Ségorum. Charles Martel est au camp français. Les premiers revers des Sarrasins ont rendu la confiance à ses troupes. Elles s'avancent à marches forcées sur cette même ligne du Rhône où Scipion , jadis, comptait arrêter Annibal (i). Une partie de son armée se dirige vers la Méditerranée, et l'autre vers les Cévennes. En plusieurs combats partiels, déjà le héros français a obtenu quelques succès : ii vient achever l'ouvrage d'Ezilda ; il vient arracher la Gaule aux infidèles.

Le maire du palais a profité de l'enthousiasme général né du bruit répandu parmi ses soldats , qu'une vierge envoyée du ciel a triom-

(i) En l'an de Rome 536. Voyez SU. Ital. , 1. 3, p. 109.

Page 1