LIVRE VII
point les nouvelles impressions qui le maîtrisent , mais il s'y abandonne sans résistance , et comme se soumettant à la destinée.
Ses sourcils épais sont froncés. Son oeil sec et brûlant la considère avec un mélange de tendresse et de désespoir. « — Ma vie entière » t'est connue , dit-il , je dois te paraître un
» monstre Peux-tu regretter Agobar^...
» Ezilda , pourrais-tu m'aimer ?
» — Clodomir , le désires-tu ?....»
A cette interrogation faite de l'accent le plus tendre, Agobar détourne les yeux. Pour la première fois depuis la mort d'Anathilde, il a senti battre son cœur. Il voudrait rendre ce qu'il éprouve ; mais sa bouche , accoutumée depuis trop long-temps aux seules expressions de la fureur et du blasphème , ne retrouve plus dans le souvenir les douces paroles du sentiment.
« — Clodomir , poursuit Ézilda , oui je » dois 5 j'ose l'avouer ; jamais le nom ni l'as-
» pect d'aucun mortel n'avait porté le trouble » dans ce cœur tout entier à Dieu. Toi seul y » toi le premier , es venu placer l'image d'un » homme entre le ciel et moi. Dieu qui » pourra m'ordonner de te fuir , ne m'a point » défendu de t'aimer. »
Deux fois le nom du Tout-Puissant est sorti de sa bouche.... et le Renégat , ô surprise ! n'a point interrompu son discours. Il est parvenu a contenir le blasphème ; mais morne et silencieux y il ne peut faire davantage.
i( — Et je pourrais aimer encore î... mur- » mure-t-il à voix basse , n'adressant ses pa- » rôles qu'à lui-même; et je pourrais la pos- » séder î . . . »
Puis après une longue pause : u — Non^, » s'écrie-t-il soudainement, non — ni moi! » ni aucun autre !.... Ezilda, nul homme n'est » digne de ton amour , nul ne doit prétendre j) à ta main Etre accompli! en te voyant ^