LIVRE VIT
» je finirais par croire au ciel, car tu n'es » point de cette terre.
» — Oui, reprend avec énergie la fîîle des » prodiges : tu finiras par croire au ciel ; l'ame » ardente de Clodomir n'est pas non plus » de celte terre. Si quelques instans elle s'é- » gara , c'est par excès et non par manque de » sentiment. Les plus sublimes ouvrages du )) Créateur sont toujours les plus éprouvés. » Quels êtres pourraient se croire à l'abri des » chutes quand les archanges ont failli !.... » Ah ! plus heureux que les premiers re- » belles, l'homme coupable conserve auprès >j du trône paternel deux intercesseurs puis- » sans qui constamment lui tendent la main , » le repentir et l'espérance. Homme tombé , » relève-toi !»
Tandis qu'elle parlait, une sublimité radieuse éclatait sur son visage enchanteur. Un sentiment pur et passionné tenant à la fois de l'amour et de la religion , donnait à ses accens
une éloquence inexprimable , un irrésistible pouvoir. Tout ce qui révélait un génie inspiré éiait en harmonie avec les cordes sonores mais sauvages de l'ame indomptée d'Agobar; Ezilda ne l'a point encore ébranlé , mais Ézilda s'est fait entendre.
Le Renégat , comme se réveillant en sursaut, s'arrache brusquement au charme inconnu qui le captive. Les derniers mots d'Ezilda retentissent à son oreille : « Homme y) tomhéy relève-toi! » Au-dedans de lui-même un génie perfide les redit et les interprète. Son orgueil irrité se révolte à l'idée qu'une femme s'est cru le droit de lui reprocher ses forfaits, qu'une femme s'est cru la mission de lui prêcher le repentir , qu'une femme s'est cru le pouvoir de le ramener à son Dieu. 11 se retire de quelques pas. Semblable à cet astre à chevelure de flammes qui ne traverse les espaces que pour y jeter l'épouvante