LIVRE VII. 6i
» sa fourberie; et que, fussent-elles loyales, » je préfère encore un abîme où je m'englou- >j tirais avec lui, qu'un trône où par lui je » m'élèverais.
» — Les temps sont changés, dit Thé-
» roine. Charles n'a plus, comme autrefois,
;) cette puissance souveraine qui lui permet-
)) tait le crime en lui assurant l'impunité, l^a
» Gaule et ses armées sont lasses du tyran.
» Trop long-temps il les a jouées. Les suze-
» rains puissans le trahissent. De nombreux
» complots le menacent : en te couronnant il
)) se sauve. Ce n'est que par une action gêné-
» reuse et magnanime en apparence , ce
» n'est que par un entier renoncement à la
» couronne, que, se dérobant à ses ennemis,
» il peut échapper à leur vengeance.
)) Si d'ailleurs au camp d'Umbrani tu re- » doutes la trahison, viens à celui de Ségo- » rum : lorsque Clodomir y aura été pro-- » clamé, ce sera le camp national où vien-
6i LE RENÉGAT.
» dront se réunir toutes les armées françaises, » où s'éteindront toutes les haines, où finiront » tous les malheurs , où se réorganisera la )) patrie.
» — Et je trahirais l'Espagne î... dit Ago- » bar vivement agité. — Tu cesserais de )) trahir la France. — J'abandonnerais mes » étendards!... — Non, tu reprendrais tes » drapeaux. »
11 réfléchit quelques instans Son front
s'obscurcit et menace. Hélas ! les puissances du mal dominent encore ses pensées. « — Non, » reprend-il avec impétuosité , je ne veux » point de cette couronne avilie qui, hon- » teusement offerte et lâchement acceptée , » ne serait pour moi que le prix d'une nou- )) velle trahison. J'ai renoncé pour jamais à » cette odieuse terre natale où mes premiers » regards n'ont rencontré que la perfidie, l'as- » sassinat et l'usurpatibn. A Lutèce, le trône, » aujourd'hui dégradé , n'est plus qu'un cata-