LIVRE VIII
siasme du jeune Sarrasin, il y avait quelque chose de contagieux. Les sentimens exaltés d'Alaor rencontrent le cœur d'Ezilda. Presque aussi trouble'e que lui : « — Allez , dit -elle, » de'fendez-le , sauvez ses jours!... je vous » rends votre liberté. »
Alaor est déjà loin ; des tourbillons de poussière couvrent le théâtre des combats, et ne laissent que par intervalles apercevoir les scènes de carnage qui sans interruption se succèdent. Les lances et les épées se croisent avec un égal acharnement. Le soleil se cache, le ciel s'obscurcit : du haut des nues d'infernales puissances président invisibles à ces continuels massacres; elles se disputent leurs victimes; et tandis que les deux nations rivales cherchent à s'exterminer dans la plaine , l'air chargé de sanglantes vapeurs et roulant d'effroyables cris est aussi le champ de guerre des démons suspendu sur celui des hommes.
90 LE REjNEGAT.
Mais quel est ce Musulman, ce héros, ce demi-dieu qui dans les rangs français se précipite comme la foudre?.... Devant lui quelle épouvante ! derrière lui quel vide !... Un drapeau mortuaire l'accompagne ; c'est Agobar. Tels que des vagues poussées les unes contre les autres par des vents contraires, les bataillons ennemis se choquent , se mêlent , se repoussent; et les panaches blancs des chevaliers se détachent du milieu des combattans, de même qu'une écume flottante sur le sein agité de l'Océan.
Infatigable en sa course , le héros des Sarrasins qu'enflamme la vengeance cherche de tous côtés Charles Martel. La fureur constamment le guide , et pourtant ne l'aveugle point. Tandis que son cimeterre frappe les chrétiens avec violence , sa voix prescrit des ordres avec calme. Parmi ses ennemis il n'est point d'évolutions qu'il ne remarque , de manœuvres qu'il ne déjoue , et de fautes dont il ne profite. 11