LIVRE I
» lites d'Agobar? — Le ciel a secouru ma )) vieillesse. — Vous ne fûtes donc point livre )) au chef des infidèles? — Je fus conduit en )) son palais, et j'ai paru en sa présence. — )) Quoi ! dit la princesse, vous êtes son en- » nemi , vous l'avez vu, vous étiez son captif!
)) et — Et j'existe encore, » interrompt en
souriant le vieux de la roche noire.
(( — Ce Maure impitoyable, reprend Ezilda, » est , dit-on , un blasphémateur , un impie .^ » — 11 est tellement l'ennemi du ciel , dit )) Gondaïr, que le nom de Dieu ne peut être >i prononcé devant lui sans allumer en son » ame un transport de fureur. — S'il faut en » croire le bruit public, poursuit la princesse , » c'est un monstre : il est hideux. — Hideux ! )) s'écrie le barde étonné ; ceux qui le peignent » ainsi ne Font sans doute jamais vu. Agobar » est une œuvre anti-sociale, une exception » à l'ordre éternel ^ Agobar est véritablement » un monstre; car la difformité de son ame
4o LE RKJNÉGAT.
)) ne pjul être égalée que par la beïiuté de sa
» personne.
;) — Par la beauté de sa personne!... ré- )) pète la princesse étonnée.
)) — A. la première vue, il est \rai, conti- » iRie Gondaïr, sa physionomie sombre et » barl)are porte une empreinte repoussante ; » mais son visage n'en est pas moins d'une ad- » mirable régularité. Lorsque la fureur s'em- )) pare de lui, des reflets sinistres semblent » éclairer ses traits ; et l'éclat même de leur » beauté offre je ne sais quoi de discordant » qui change l'admiration en terreur.
» Ses grands yeux remarquablement beaux , » que surmontent des sourcils gracieusement » arqués , et qu'ombragent de longs cils noirs, >/ sont d'une couleur indécise que ne peut » saisir l'observateur. Ils paraissent d'un gris )) bleuâtre et douteux, lorsqu'Agobar est en » courroux; et dans ces momens, ils jettent « une sorte de lueur satanique : mais s'il est