‹ Le renégatChapitre 221 sur 334 · LIVRE VIÏT · texte numérisé non relu

LIVRE VIÏT

flexions ni projets. Morne, abattue, elle a perdu cette brûlante énergie qui naguères lui aplanissait tous les obstacles. Accable par d'amers souvenirs , de funestes pensées et de noirs pressentimens , son cœur serré semble en quelque sorte se sécher , tel que la graine pleine de sève et de vie dont sest emparé l'oiseau fugitif, et qu'il a laissé tomber sur le rocher désert. Hélas ! pour tous les mortels ici bas, quels que soient leur rang et leur nom, quelque génie qu'ils aient reçu du ciel , la souflrance est toujours le fond de la vie ; elle est comme un drap funéraire qui, sous plus ou moins de brillantes paillettes, cherche à cacher son noir tissu.

L'obscurité s'épaissit. La vierge de Lutève presse sa marche, sans regarder les lieux qu'elle parcourt , sans remarquer qu'elle passe en un champ de bataille couvert de morts et de mourans. A ses tristes méditations, aux questions qu'elle s'adresse, de lugubres plaintes

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répondent. Presque égarée, croyant qu'un pouvoir surnaturel prête seui à la plage ténébreuse des murmures sourds et menaçans , elle les prend pour les funèbres appels de l'autre vie; et quelquefois répond des phrases incohérentes à des derniers soupirs : épouvantable dialogue entre la démence et la mort!

Pendant toute la nuit , Eziida poursuit sa route. Au premier rayon de l'aurore, elle se trouve au pied des Cévennes , à l'entrée de leurs bois épais. L'air pur des montagnes vient rafraîchir ses sens. Les objets extérieurs commencent à distraire ses esprits. Elle respire avec moins de peine. Des teintes lumineuses doraient la cime des rochers ; le vent du matin se jouait entre les arbres; l'onde écumeuse des torrens roulait avec fracas sous ses cavernes inconnues. La princesse , en prêtant l'oreille à tous ces bruits d'une nature libre et sauvage, croit entendre les voix chéries du séjour paternel qui l'accueillent au sol natal.

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