LIVRE VÏIÏ. loï
Le jour sëtait levé brillant, paisible et pur Comme la jeunesse d'Ezilda ; aucun nuage encore ne courait sur la v^oùte azurée : la fille de Théobert élève vers le Créateur la prière du matin, et le calme renait dans son ame. La nature et la religion, également sublimes, puissantes consolatrices, ont toutes deux de grands secrets qu'elles révèlent aux grandes douleurs.
Ezilda vient d'apercevoir au loin le fort de Ségorum. « — Alaor, dit-elle, je suis main- » tenant à l'abri de tout danger; retournez
» auprès d'Agobar. » ^
L'ami du héros sarrasin se courbe respectueusement. La princesse est frappée de son extrême pâleur et de l'expression inquiète de sa physionomie , mais elle craint de l'interroger; elle a pénétré ses secrets tourmens : c'est l'arrivée inattendue d'Athime qui épou-= vante le jeune Alaor.
L'héroïne de Labrod et le vieux de la roche noire sont demeures seuls. Au temple de Calmor, et pendant le long trajet de la nuit, Gondaïr n'avait cessé d'observer Ezilda. Respectant sa douleur et son silence , il n'a point osé troubler ses profondes rêveries; mais habile à sonder le cœur humain, il ne doute point que l'ame de la princesse n'ait reçu de violentes secousses; il s'aperçoit qu'elle a cessé d'être elle-même, et que d'un mystère impénétrable elle enveloppe ses sentimens.
Ils touchent au but de leur voyage. Certaine qu'à sa vue un enthousiasme général, une ivresse tumultueuse éclatera parmi ses montagnards, Ezilda ne songe qu'aux moyens d'échapper aux transports qui vont se manifester à la forteresse. Toute acclamation guerrière, toute pompe triomphale seraient un supplice pour elle en sa position présente : les enivrantes récompenses de la gloire qui viennent de rattacher plus que jamais le