LIVRE VTIÎ
se heurtent , se divisent , et comme des vagues furieuses s'entr'ouvrent et se mêlent tumultueusement. En ces montagnes renommées, les tourbillons de l'atmosphère , les airs , la foudre et les orages luttant aux pieds du roi de la nature, offrent une de ces scènes sublimes qui forcent l'anie à s'élancer ravie par-delà les mondes créés (i).
Le spectacle magique présenté devant le barde , achève d'exalter son imagination. Comme élevé sur les tempêtes , comme planant sur les élémens bouleversés , il se sent saisi de oet esprit prophétique qui parmi ses compatriotes fonda sa puissance et rendit fameux ses oracles.
Ses doigts agitent violemment les cordes de sa harpe. Trois fois il prononce en une sorte de délire le nom redouté d'Agobar, qu'il ac-
(i) Il n'est personne qui , parcourant les Alpes , les Pyrénées ou les Cévennes au lever de l'aurore , n'ait pu être témoin de ces effets merveilleux.
compagne (raccords brisés et crépouvanlables
dissonances ; puis il descend rapidement la
montagne.
Au bas de la descente il s'arrête... contre un roc solitaire il s'appuie. Un rayon de l'aurore éclairant son front chauve et son épaisse barbe , réfléchit sur sa harpe d'or les feux pourprés de l'horizon. Ses regards levés au ciel répandent une lumière extraordinaire. Sa longue robe y éblouissante de blancheur , flotte autour de lui, pareille au vêtement d'un transfiguré. Tel que l'inflexible destin prononçant ses arrêts sévères , le vieillard de la roche noire se livre a ses inspirations.
« — La voie lactée est rouge de sang.... la )) trahison commande.... le meurtre se lève.... » qui s'avance? Le Renégat. Que vois-je au- » tour de lui?... Des serpens , des poisons, )) des poignards et des flammes... Quelles tor- » tures ! et quel tombeau ! »
Il s'interrompt ; puis s'accompagnant de sa