LIVRE IX. i4i
Uenégat n'a cessé de couler, mais à peine le remarque-t-il; son frère d'armes l'occupe seul. Le long des précipices que leur dérobe l'épais brouillard , ils côtoyent la rive des mers. A gobar souffre cruellement de ses blessures ; mais bien que tous les genres de douleurs l'accablent, aucune plainte ne lui échappe. Au-dedans de lui s'est conservée cette force créatrice, cette sève vigoureuse , cette énergie des grands hommes qui , calme se jouant des périls, fougueuse se relevant des chutes , est capable encore d'enfanter lors même qu'elle parait détruite .
Une lumière vacillante s'est offerte à eux ; elle donne une direction à leur marche. Après de longs efforts , ils arrivent à une petite hutte abritée par les rochers , et que couvrent des joncs marins. Là, toute une famille de pécheurs est rassemblée, et soupe autour d'un large foyer. A l'entrée du bâtiment rustique Agobar soudain se présente ; et l'enceinte a
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retenti d'un cri de surprise et d'efîVoi. A travers ia fumée dont la cabane est remplie , le prince et son ami s'avancent, livides et couverts de sang, comme deux homicides que poursuit la justice humaine. Leurs armures en morceaux , leurs turbans a demi-brùlés , leurs glaives encore rouges du dernier carnage ont dû jeter l'épouvante sous la hutte.
Avec une peine extrême ils parviennent à se faire entendre des pêcheurs, »et à dissiper leurs alarmes. Le don de quelques pièces d'or rassure enfin l'indigente famille ; elle porte des secours aux guerriers ; elle débarrasse leurs corps exténués du fardeau pesant de leurs armes ; elle leur offre des alimens grossiers , mais fortifiansj elle panse les plaies d'Agobar ; et vers le milieu de la nuit Alaor, près d'un foyer réparateur, a entièrement recouvré ses forces.
Mais en cet humble refuge il serait dangereux de demeurer plus long-temps. Sans