LIVRE IX. î
doule, à l'aurore naissante, Athime et les siens poursuivront encore leurs victimes. Les deux amis se lèvent, et de nouveau songent à fuir. Ils laissent sous le toit hospitalier leurs armures et leurs turbans; ils s'enveloppent d'un manteau de pêcheurs, et ne conservent que leurs glaives. L'œil tristement fixé sur Agobar proscrit , caché sous les vêtemens du pauvre , au fond d'une hutte misérable , Alaor se rappelle ces magnifiques palais asiatiques d'où son prince , du haut d'un trône de pierreries , et tout resplendissant de gloire , dictait ses volontés à la terre. « — O néant des gran- » deurs humaines ! » se dit-il à voix basse ; et le cœur brisé , s'éloignant de la cabane , il détourne la tête , et pleure.
Les secrètes pensées d'Alaor n'échappent point au Renégat : il pénètre et lit dans son ame. Exciter la compassion , pour lui c'est recevoir un outrage ; le plaindre , c'est presque l'insulter. Rejoignant le Sarrasin , il lui jette
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un regard indigné : l'orgueil , dans toute sa puissance , se réimprime sur son front; et son sourire est redevenu sardonique. « — Enfant » timide ! lui dil-il : si le seul aspect des souf- » frances d autrui t'accable aux premiers sif- )) flemens de l'orage , comment supporteras- » tu Içs tiennes propres , quand lu seras au » fort de la tempête î . . .
» — AgoLar, s'écrie Alaor effrayé ^ ne me » regarde point ainsi! ne me parle point avec » cet accent!... Je puis supporter toutes les » angoisses humaines, je ne saurais supporter )) ton courroux.
» — Jadis, reprend Agobar, j'eus l'habi- » tude du malheur : il n'a rien de nouveau » pour moi. Gesse donc de plaindre mon sort; » c'est du tien qu'il faut t'occuper. Pourquoi » me suivre? va, crois -moi! retourne au » camp des Africains, avec joie on t'y re- » verra; tu n'es coupable d'aucun crime, et >j tu n'es point fait pour l'infortune... »