LIVRE IX. .5i
Agobar s'arrête sous les murs du vieil édifice. Des cantiques religieux s'y font entendre. L'enceinte est sans doute sacrée ; il approche , il écoute — Au-dedans , on célèbre l'office des morts. Ce sont des chants funéraires qui viennent frapper son oreille; et le sol qu'il foule est la terre du dernier sommeil.
Le Renégat s'assied contre un tertre funèbre que deux bâtons en forme de croix ont modestement surmonté. Vis-à-vis du héros, est une fosse récemment creusée qui , sans doute, attend le nouvel hôte de la mort. La tête penchée , morne et silencieux , le fils de Thierri semble succomber à la fatigue; mais cette stupeur momentanée est plutôt l'abattement de l'ame que l'épuisement du corps.
Une jeune femme sort de l'enceinte révérée. Son extérieur annonce l'aisance , et son maintien n'est point vulgaire. Un enfant la précède. Au tombeau de quelque être chéri
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sans doute elle vient pleurer et prier. A l'aspect inattendu de l'étranger assis au tertre mortuaire , l'enfant recule et jette un cri : « — Pourquoi cette épouvante ? lui dit l'in- » connue ^ ne dirait -on pas que tu viens d'à- » percevoir Agobar ! . . . »
Le Renégat redresse son front abattu. Un sentiment d'orgueil est venu réveiller son courage. Ainsi donc jusque dans ces déserts la terreur qu'inspirent ses hauts faits a rendu son nom populaire. Il se lève, et s'approchant de la fille des montagnes : « — Je suis un voja- » geur égaré , lui dit-il; daignez m'apprendra » en quel lieu je me trouve , quel est ce bâ- » timent religieux , et quelles obsèques l'on » célèbre ?
» — Vous êtes à Loragniat , lui répond la » jeune femme , et non loin du fort de Sé- » gorum. Lorsque les filles d'Amalberge fu- » rent chassées de leur monastère par les co- » hortes d' Agobar , elles se réfugièrent en ces