‹ Le renégatChapitre 254 sur 334 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

)) —Vous revenez d'Angustura ! s'ëcrie Ago- )) bar sortant brusquement de son repos si- » nistre. Que s'y est-il passé ? ^ — ^ De grands )■) ëvénemeos ; l'Eternel protège la France ; » le féroce Agobar n'est plus. Hier , par » ordre du calife Abdérame, Athime au rivage » des mers a fait immoler son rival.

jj — Et les légions du chef égorgé ^ reprend )) Alaor , que pensent-elles de ce meurtre ? )) — Cette nuit , dit le voyageur ^ d'un mont » qui domine les tentes des infidèles , j'ai resté » long-temps en observation ; et , ce matin, » les détails suivans m'ont été communi- » que s.

» La nouvelle du trépas d'Agobar a d'abord » jeté la douleur et la consternation parmi ses » cohortes ; mais l'affliction générale a peu » duré. Des messagers d'Athime précédés par » des trompettes guerrières ont parcouru le )) camp 5 lisant à haute voix un fidèle exposé » des crimes et trahisons d'Agobar. Les Mu-

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» sulmans les plus dévoués à leur ancien chef, )) apprenant , ce. qu'ils avaient jusqu'alors » ignoré , que celui qu'ils croyaient un mo- » dèle de vertus et de loyauté n'était qu'un vil n renégat français , un chrétien ambitieux » traître à son Dieu et à sa patrie , ont ap- » prouvé spontanément l'exécution sanglante ;) ordonnée par Abdérame. 11 leur a été dé- » taillé les plans de conquêtes et de révoltes » de l'impie ; et ses ennemis citant divers faits » venant à l'appui des accusations d'Athime , ;) ont fait retentir la plaine de leurs bruyantes » acclamations. Les partisans mêmeduRené- » gat ont trouvé juste son châtiment , et pas » une voix ne s'est élevée pour défendre sa » mémoire. Des sommes d'argent ont été dis- » tribuées aux soldats en réjouissance de » l'heureux événement ; des feux de joie ont » été allumés de tous cotés; et par des chants » d'allégresse, des fanfares et des banquets, » les mécréans ont célébré la nuit d'une exé-

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>) culiou sanglante comme l'époque d'une dë- » Hvrance.

» — Infâme nation ! — s'écrie Alaor indi- » gnë. — En cette occasion , reprend le voya- » geur , je ne saurais blâmer les Sarrasins : ?) vouant à Texëcratioa universelle la mémoire ') d'un renëgat, ils n'ont fait qu'obëir à la voix » intérieure de la conscience humaine et aux » lois de l'ëternelle justice. Tout arrêt qui )) frappe un homme traître à sa religion , h » ses drapeaux , à son pays , est un arrêt h équitable que le ciel prescrit à la terre. » Quel peuple, quelle contrée , quels soldats » peuvent se fier à l'être vil qui fut coupable » de désertion et d'apostasie ! et quelle honte » pour eux qu'un tel chef!... Quiconque une » fois a combattu sa patrie et abjure son Dieu, » s'est range parmi les scélérats abjects que » repoussent toutes les nations et tousles cultes. » Point d'excuse pour ses erreurs ! et point de M pardon pour ses crimes! L'apostat, créature

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» hors des voies humaines , n'esl qu'un replile » venimeux qu'il faut écraser en lous lieux , » et n'importe de quelle manière. »

Adossé contre un sapin , le malheureux AgoLar écoute.... et n'a point interrompu ces terribles paroles. Après avoir terminé son discours , le voyageur a poursuivi sa route et s'est éloigné. C'en est donc fait! toutes les espérances du prince sont détruites. Son armée l'abandonne. Il est rejeté du monde entier. Aucune planche à son naufrage , aucun refuge sur la terre. Devenu l'horreur du genre humain y et forcé de fuir ses semblables , son sort chez aucune nation n'inspirera même la pitié.

Le Renégat se tourne vers Alaor ^ et l'expression féroce de son regard a terrifié le jeune Sarrasin. Ce n'est plus le calme de l'insensibilité 5 c'est le délire de la rage que maintenant offrent ses traits. Le volcan est au moment de Jl'éruption. Un souflle embrasé s'échappe

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