‹ Le renégatChapitre 255 sur 334 · LIVRE IX. i · texte numérisé non relu

LIVRE IX. i

ûe sa poitrine ; un voile sanglant couvre sa

vue; sa tête se perd; son imagination lui

montre Athime et ses janissaires dans les rochers de'serts qui l'entourent ; il les interroge , il leur répond ; et ses paroles incohérentes , ses imprécations confuses roulent au milieu des airs comme les menaces de l'ouragan. Dans le malheur ainsi que dans la gloire , dans les inspirations du génie comme dans les transports de la démence 5 Agobar, parmi les mortels, est toujours l'homme extraordinaire , est toujours le géant superbe.

Soudain il tire son glaive Alaor effrayé

s'élance, et l'arrache de ses mains. « — Qui es- )) tu? dit le Renégat tout-à-fait égaré. Enfant!

;) ôte-toi de ces lieux ! Vois-tu près de

;) Faldis égorgé ce cadavre sanglant couché sur

» la bruyère ? c'est Turial Cette femme

» morte roulant entre ces vagues ? c'est Ana- )) ihilde. Ainsi finissent ceux qui me sont dé-

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» voues. Un tel destin te charme- t-ii ? suis

» aussi leurs traces Aime-moi. »

D'un rire afïVeux il accompagne ces mots :

« — Agobar! tu me fais trembler! s'écrie

» Alaor éperdu. — Trembler! répète le

)) Renégat ; compagnon d'Agobar ! attends. » Cette heure ne peut être la tienne, ton tour » n'est point encore venu.

» — Mon ami ! mon frère ! dit le Sarrasin » désespéré : eh quoi ! ton cœur ne te dit plus » qu'à tes côtés est Alaor ! et moi aussi lu me

» repousses ! tu n'as plus de pitié pour

» moi !

» — Qui me parle ici de pitié î inter-

» rompt le fils de Thierri : la pitié !.... voilà » ma réponse.^... » Et saisissant le guerrier fidèle qu'il ne reconnaît plus , il le pousse avec violence et le renverse contre un rocher.

La tète du jeune Musulman a frappé l'angle de la pierre , et le sang a jailli de son front. Cet aspect rappelle Agobar à lui-même. Le

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moment de démence a passé. 11 relève son <:her Alaor , l'appelle des noms les plus tendres ; mais , hélas ! devenu som'd à sa voix , Alaor ne lui répond^lus.

Se persuadant qu'il a cessé de vivre : « — Je » l'ai tué !.... s'écrie le Renégat. Après l'apos-

» tasie y le meurtre celte rou te m'était tra-

)) cée : après le meurtre, le suicide.... et ma }) carrière sera pleine. »

Aussitôt il déchire avec fureur les appareils qui couvraient ses nombreu^.es blessures. Son «ang bouillonnant dans ses veines en jaillit avec impétuosité ; ses pieds défaillans ne le soutiennent plus : il tombe no* loin de son ami fidèle ; et sou œil se ferme à la clarté du jour.

Vers la. huitième heure du soir il revient à l'existence ; il rouvre sa paupière , et regarde autour de lui. O surprise ! sous la chaumière d'un bûcheron , et sur un misérable grabat ,

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il se trouve transporté : d'où vient qu'il pousse un cri de joie ?.... Alaor veille auprès de lui.

Au milieu des montagnes , le Sarrasin avait le premier recouvre' l'usage de ses sens. Voyant son ami prêt à rendre le dernier soupir, il avait rempli l'air de ses cris. Un bûcheron était accouru y et compatissant à sa peine , lui avait offert sa cabane voisine : Agobar y avait été porté par eux ; et leurs soins empressés l'avaient retiré de la tombe.

La faiblesse du prince est extrême. La quantité de sang qu'il a perdue l'a entièrement privé de ses forces. Alaor ne redoute pour lui que le retour de ses souvenirs et la violence de sa pensée. Il nie au prince repentant et désolé qu'il ait été par lui renversé contre un rocher : il attribue l'accident à sa propre maladresse, et finit par en convaincre son ami ; puis cherchant à détruire l'impression terrible qu'a laissée dans son ame le récit

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