‹ Le renégatChapitre 258 sur 334 · LIVRE ÎX · texte numérisé non relu

LIVRE ÎX

Les brigands n'ont point aperçu le Renégat: la lampe éclaire à peine l'enfoncement où se trouve placé son misérable lit. Poussés par la faim ^ ils dévorent avec avidité les mets qu'ils se sont apprêtés. La débauche est empreinte sur leurs traits ; bientôt leur ivresse est complète 5 et leur brutale joie s'exhale en chants féroces et discordans. Leur festin achevé : (( — Ami ! dit l'un d'eux , sais-tu qu'Agobar )) n'a point péri ainsi qu'on nous l'avait d'a- » bord annoncé? Le Pvenégat a su échapper à ses )) ennemis ; et dix mille sequins sont promis » à qui le livrera vivant au noble et généreux )) Athime. — Je le savais ^ répond l'autre. » Puissé-je être l'heureux mortel à qui la )) somme sera comptée î

)^ — Quel monstre que cet Agobar 1 continue » le premier : il a trahi son pays , il a dé- )) serté ses drapeaux , il a porté la flamme et » le fer parmi ses compatriotes , et de plus » il a renié son Dieu. Non content de ces

» premiers crimes , il trahissait aussi notre ca- » life 5 il avait de secrètes intelligences avec » une princesse des Cevennes dont il favori- >i sait les armes , il traitait secrètement avec » nos ennemis. Enfin il comptait se fonder un » royaume en France ; et pour se faire par- » donner par sa patrie il devait livrer les fidèles » guerriers du prophète à la rage des soldais » du Christ. — L'infâme !.... reprend l'autre » Musulman. Mais aussi comment le calife » avait-il pu donner le commandement de » ses armées à un vil proscrit français ? Pou- » vait-il croire que l'homme perfide envers des » concitoyens serait loyal envers des étran- » gers î... S'ètait-il flatté que dans l'ame d'un » renégat il pourrait se trouver des vertus î » Qu'était la vaillance d'Agobar ? un instinct )) de férocité. De quoi se composait son génie » tant vanté ? d'une activité infernale , d'une )) témérité sans exemple , et d'une atroce f) barbarie. Son seul art était l'imposture ; les

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