LIVRE X. i8i
sauver. Elle ne perd point des momens précieux en explications imprudentes, en lamentations inutiles : elle se relève , et s'adrcssant au barde interdit dont elle devine les pensées : « — Gondaïr! lui dit-elle, ma vie et mon » cœur vous sont connus. Jamais , vous le )) savez, aucune parole de mensonge n'échappa )) de mes lèvres. Eh bien ! cet homme est mon » époux.
» — Lui, votre époux!... le Renégat î » — Ne révélez jamais le secret que je vais » déposer en votre sein. Apprenez que Clo- » domir est devant vous , et qu'une inconce- » vable fatalité a fait du fils de Thierri le chef » dés armées infidèles.
» — Grand Dieu! se pourrait-il 1... Ago- )) bar. . . — Est votre monarque et mon époux : » et notre devoir est de le sauver. Mais ne )) consumons point le temps en paroles. Votre )) bateau est sous la grotte voisine , menez-le » moi sur cette rive. Il peut contenir, m'avez-
iS?. LE RENÉGAT.
» vous dit, deux personnes; seule, je con- » duirai cette nacelle où nous allons placer le » prince. Forcé de me quitter, ne craignez )) rien pour moi. En cet événement la main » de la Providence est visible ; son ordre et » ses desseins sont marques ; elle me trace ma » conduite, elle dirigera votre barque. Enle- >i vons Agobar d'ici; le Tout-Puissant fera le » reste. »
L'inspirée des Gaules a parlé. Le vieux de la roche noire, accoutumé depuis long-temps à considérer sa souveraine comme une envoyée du Seigneur , croirait presque commettre un sacrilège en doutant de sa mission divine. Il se prosterne humblement devant les mystères dont elle soulève à demi les voiles : et se soumet à ses volontés comme aux ordres de l'Eternel.
Prêt a se rendre à la grotte où la nacelle est amarrée : « — Si pendant mon absence , dit-il, » le garde endormi s'éveillait?...