LIVRE X. 2o
De même que l'aspect continuel de l'immoralité familiarise avec le crime, et corrompt l'élre auquel il s'ofire , de même la vertu par degrés épure les mortels qui l'approchent. Agobar chaque jour et graduellement revient aux pensées de son jeune âge. Ses mouvemens sont moins impétueux , ses souvenirs sont plus amers. Son langage est moins passionné , ses réflexions sont plus profondes. Pourquoi se plaint-il davantage?... C'est qu'il commence à moins souffrir .
Ezilda l'observe attentivement. Ange de consolations et de paix, sans qu'Agohar ait besoin de lui faire connaître ses maux , elle s'occupe de les guérir : pour toutes les plaies de l'ame , elle a des remèdes efficaces : pour toutes les irritations de l'esprit , elle a des paroles calmantes. Offrant au coupable la vertu parée de tous ses charmes , elle ôte au remords ses angoisses. Où vont naitre les discussions, elle place les sentimens. Rien n'est
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impossible à l'inspirée. Agobar oublie ses
malheurs ; la paix redescend en son ame ;
et bientôt peut-être , à Fontanias y pour être
complètement heureux, il ne lui manquera
qu'Alaor.
Les volcans dont Fontanias était environné ne vomissaient plus depuis des siècles ces laves de feu qui jadis avaient fendu les rochers, déchiré les montagnes 5 et ravagé les plaines. Leurs cratères à demi-éteints , qui ne lanç-aient plus maintenant que de légers tourbillons de cendres, étaient éloignés de la vallée, et cachés par un amphithéâtre de sapins et de châtaigniers. Contre la porte de la cabane , assise auprès de Roderic , Ézilda faisait remarquer au héros le spectacle enchanteur du soleil couchant; ses derniers rayons jetaient un voile d'or sur les arbres à tige élancée et à feuilles de dard dont les montagnes étaient couvertes. En ce moment , les deux époux dont le prêtre